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Accueil / CDoc / Recensions / Parents, enseignants... la guerre ouverte ?

Ce livre présente une série d’analyses fort différentes mais où le point de vue du psychologue est prédominant ; pas surprenant, puisque l’initiative vient de l’association Françoise Dolto et que trois des sept articles ainsi que la préface sont signés par Philippe Beague.

Philippe Beague [1] présente une image bien noire de la réalité, dramatique même, à l’instar de ce qu’il rencontre dans sa vie professionnelle, à savoir des enfants difficiles (rois, tyrans, tout puissants, mais aussi angoissés et frustrés), des parents en difficulté (désemparés, sans modèle ni repère, prêts à tout donner pour l’amour de leur enfant), des enseignants découragés (démotivés, fatigués, démunis face à ces jeunes qu’ils ne comprennent plus).
Tous, prétend-il, sont des individualistes atteints par la désillusion et menacés par la dépression. La coupe se remplit, la crise est proche, il faut réagir ! Comment ? Par une prévention « humaine », qui redonnera sa place au Sujet, à l’être de culture, à l’individu créatif et solidaire. Et d’énumérer les grandes valeurs et grands principes humanistes à mettre en œuvre dès la naissance de chaque enfant : échange, multiculturalité, humanisation, parole personnelle, action collective, citoyenneté planétaire... Quant à l’École, Philippe Beague la voit comme un lieu polymorphe de transmission, d’éveil du désir de savoir, de dialogue, d’initiation à l’art de vivre ensemble, d’échanges, de plaisir d’exister : vaste et beau programme, mais dans lequel on ne trouve guère d’éléments porteurs d’un processus de paix entre ces parents et ces enseignants soi-disant en guerre ouverte !

Autre approche, toute différente, celle de J. Corveleyn qui commente une très intéressante recherche auprès de familles défavorisées : il y découvre que tout projet familial est un moteur de changement grâce à la capacité qu’ont les parents de réfléchir à leur situation. Situation difficile faite de solitude, d’absence de modèle éducatif positif, de tentatives où l’on fait l’inverse que ce que l’on a subi, où l’on dit oui à tout pour montrer aux enfants combien on les aime. Situation d’exclusion et de stigmatisation continuellement attisées par les critiques et jugements des institutions comme l’École et la Justice. Avec la terrible menace du placement des enfants, qui sème la peur et renforce la solitude. Pour s’en sortir, les chercheurs privilégient trois actions : l’intégration dans des groupes de pairs, la reconnaissance des compétences parentales et le travail sur l’affectif.

Sylviane Ciampino, psychanalyste, développe une analyse pertinente en comparant la famille et l’école : deux milieux si différents, mais complémentaires qui agissent chacun de manière spécifique, la famille qui structure le sujet, l’école qui l’aide à construire sa personnalité. Le problème aujourd’hui vient du fait que les parents doivent faire la preuve de leur performance parentale à travers l’excellence (scolaire) de leur enfant. Les questions posées sont fondamentales : la relation école-famille se résume-t-elle à la communication ? Suffit-il de se parler ? Ou d’avoir raison ? Ou encore de développer une parole vraie ?

L’expérience des crèches de quartier de Gand est finement expliquée par Michel Vandenbroeck, pédagogue : ces crèches construisent avec les parents un véritable tissu relationnel fait d’écoute des familles, d’empathie, de refus de juger et d’évaluer. La période d’adaptation vise à bien connaître le milieu familial toujours unique, ses habitudes, ses pratiques, afin, dans un premier temps, de faire « comme à la maison ». Par après, les rencontres avec les parents se multiplient afin surtout d’évaluer la qualité de l’accueil offert, grâce à la conjonction de l’expertise de l’équipe et de celle des parents.
Enfin, un entretien avec une enseignante maternelle, Chantal Letor, fait le point sur les questions habituelles sur la relation parents-enseignants, avec les désormais classiques images de la démission parentale, du mal-être enseignant, de la déstructuration des enfants... suivi des pistes bien connues de la formation, de la pratique réflexive et du dialogue.

Ce petit livre est accompagné d’un DVD qui présente trois séquences elles aussi très différentes. L’expérience quotidienne de « Madame la Principale », directrice d’un collège français qui cherche à établir avec ses élèves une relation d’intelligence et de respect sans pour autant abandonner l’autorité nécessaire à l’institution scolaire. Le désormais célèbre Jacques Duez, passé maître dans l’art de l’écoute qui fait parler. Et enfin Pie Tshibanda, ce fou noir au pays des blancs qui nous dit ce qui l’étonne dans nos faits et gestes pourtant si « normaux » !

Parents, enseignants : la guerre ouverte ? Ce livre ne vous répondra ni oui ni non. Mais vous sortirez de sa lecture avec bien d’autres questions : quels sont les enjeux ? Qui gagne ? Et surtout, pourquoi et comment faire la paix ?

notes:

[1P. BÉAGUE (dir.), Parents, enseignants... la guerre ouverte ?, Couleur livres, 2007.