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Accueil / CDoc / Recensions / Enquête chez les enseignants

Depuis cinq ans, à l’UCL, une équipe interdisciplinaire cherche à mieux comprendre comment fonctionne l’enseignement en Belgique francophone. Ces travaux sont présentés, pour une part importante, dans un ouvrage collectif sorti de presse en 2002.

Dans la conclusion générale de l’ouvrage, Christian Maroy rassemble en une vingtaine de pages l’essentiel des résultats de ces travaux de recherche.

Les enseignants, militants du mouvement pédagogique, y trouveront d’abord la confirmation de ce qu’ils constatent autour d’eux. Mais il est bon de savoir dans quelle mesure notre expérience quotidienne reflète une réalité générale. Or nous avons ici les résultats d’une enquête approfondie, menée en 1999 auprès de tous les chefs d’établissements et de 3600 enseignants issus de 140 établissements.

Dans cet ouvrage, la population des enseignants est examinée sous différents aspects. On y apprend qui ils sont : à la fois des femmes issues de milieux aisés et des hommes issus de milieux populaires. De quoi dépend leur insatisfaction : moins des aspects matériels que des comportements des élèves et des relations avec les collègues et la direction. Ce qui fait l’identité des enseignants, leur conception du métier : la branche enseignée, mais aussi un rôle commun d’éducateur et un savoir être personnel face aux élèves. Et ce que font les enseignants en classe, de quoi ils s’occupent en priorité : maintenir la discipline, gérer la matière ou stimuler l’engagement des élèves ?

De plus, deux chapitres traitent de l’établissement scolaire : l’un précise comment le libre choix des familles - mal informées - entre des établissements subventionnés en proportion du nombre d’élèves - ce qu’on appelle le quasi marché scolaire - conduit à une ségrégation entre écoles pour riches et écoles pour pauvres. L’autre rend compte des recherches de Vincent Dupriez, qui est aussi militant de la CGE et qui en fut le secrétaire général au début des années 90. Il a analysé l’emploi du temps des chefs d’établissement (selon ce qu’eux-mêmes en disent). Et il montre qu’ils en consacrent très peu à l’animation pédagogique du travail des enseignants, tout en se disant convaincus que cette animation constitue leur rôle primordial.

Pour comprendre comment fonctionnent les écoles et comment elles pourraient changer, le travail accompli par le GIRSEF est nécessaire mais non suffisant. D’abord, il a interrogé les enseignants et les chefs d’établissements mais pas les élèves ni les parents. Ensuite, il s’est limité au réseau catholique ; or la finesse des mesures obtenues laisse deviner que les résultats pourraient être en partie différents pour l’enseignement officiel. Il semble que certains « défenseurs » de ce réseau aient refusé de faire l’objet d’une recherche analogue. On ne peut que déplorer cet obscurantisme. Enfin, l’initiative de ce programme de recherche vient de l’UCL, inquiète de l’évolution de sa « matière première » : les compétences des élèves au sortir du secondaire. Mais où résident, pour l’essentiel, les causes de la dispersion inquiétante des niveaux de ces compétences : dans le secondaire lui-même ou dans le fondamental ?

ps:

Christian Maroy (sous la direction de), L’enseignement secondaire et ses enseignants. Une enquête dans le réseau d’enseignement libre subventionné en Communauté française de Belgique, Ed. De Boeck, 2002.