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En parodiant une expression bien connue, on pourrait dire : si tu ne t’occupes pas de statistique, la statistique s’occupe de toi.

La statistique est à la fois omniprésente et trop absente du contexte sociopolitique belge. Les sondages, à propos de tout et de rien, inondent nos journaux télévisés, parlés et écrits. De nombreuses enquêtes nationales et internationales nous assomment de tableaux, nous mettent en concurrence en montrant nos forces et nos faiblesses. Mais, contrairement à d’autres pays qui ont développé un instrument statistique important, le nôtre manque de relevés statistiques récurrents dans des matières importantes comme l’enseignement, la pauvreté...

Les résultats PISA et l’interprétation de « mauvais résultats » des francophones belges en lecture ont fait un tabac médiatique. Mais l’enquête récente de l’université d’Anvers qui montre qu’un belge sur huit est pauvre, n’a fait l’objet que de quelques lignes dans deux ou trois quotidiens.

Être armé
Pour lire et interpréter correctement les études statistiques, pour exercer son devoir de citoyen critique, pour exercer au mieux son militantisme pour plus d’égalité et de justice, il faut être armé. C’est là, la contribution du livre dont nous faisons ici écho. Comme le sous-titre l’indique, il s’agit d’un contremanuel. L’auteur n’a pas opté pour des populations de girafes, il ne fait pas de constats neutres mais il traite de revenus, de pertes de guerre, de consommation énergétique...

Le premier chapitre traite des notions de population, d’échantillon, d’effectif, de variable à partir d’un problème de chiffres de délinquance et d’immigration. À la fin de chaque chapitre, un encadré reprend les notions essentielles développées ainsi que les pièges à éviter. Dans ce cas, éviter de « travailler sur des populations ou des variables mal définies », et « d’interpréter abusivement une corrélation en termes de relation causale ».
Le deuxième chapitre aborde le classement de données et la notion de fréquence à partir de chiffres de pertes de guerre. Le troisième chapitre, un des plus intéressants, part des revenus des ménages belges. Il développe les notions de fréquence cumulée et de valeurs centrales avec graphiques à l’appui. Au chapitre quatre, c’est de dispersion qu’il s’agit à partir des résultats de l’enquête PISA 2003 et des résultats en mathématiques.
Les notions de croissance relative et de coefficients de croissance reposent sur un problème de pris du pétrole. « Tous anticapitalistes, la grande quête des corrélations » est le titre du chapitre six. Il y est question d’inégalités. Le septième chapitre poursuit sur la question des corrélations avec, à nouveau, des questions de revenus.

Au combat
En annexe, on trouve une liste d’adresses de sites Internet riches en statistiques, ainsi que des commentaires sur les logiciels à utiliser.
Petit bémol mathématique, il en faut bien un. C’est à propos de l’usage du terme d’histogramme. Personnellement, et contrairement à l’auteur, je fais une distinction entre histogramme et graphique en bâtonnets. Le premier est basé sur une perception des aires tandis que le second est basé sur une perception des longueurs. Dans certains cas, les graphiques en bâtonnets peuvent être des histogrammes, mais de façon générale ils ne le sont pas.
Cela dit, l’ouvrage peut se lire même par ceux qui ne sont pas des bêtes de calcul. Il offre de nombreux outils d’analyse et des moyens de contre-attaque de discours ambiants récurrents et aliénants. Lisez et « au combat (idéologique), camarade » !