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Accueil / CDoc / Recensions / Principes élémentaires de propagande de guerre

Voici un ouvrage d’une actualité brulante, à mettre entre toutes les mains, et que les enseignants des disciplines humaines et sociales doivent proposer et étudier avec leurs élèves, pour ne pas mourir, ou plutôt voir mourir, idiot. Un ouvrage aussi nécessaire que la célèbre fable Le loup et l’agneau.

À l’heure où nous écrivons, la préparation de la guerre des États-Unis contre l’Irak bat son plein. À l’heure où cette recension paraitra, un nouveau crime contre l’humanité aura plus que probablement débuté, perpétré par la barbarie civilisée, celle-là même qui est si prompte à définir pour d’autres sa conception des crimes contre l’humanité. Et le loup, vérifiant la fable, sera à nouveau en train de dicter sa loi que rien, ni la morale, ni la logique, ni la raison du plus faible ni la raison tout court ne peuvent arrêter.

On l’a déjà écrit dans Échec à l’échec, plus la démocratie est bafouée, plus le tiers monde est pillé, plus le racisme s’institutionnalise, plus l’environnement est saccagé, plus la sécurité sociale est démantelée... et plus on transfère à l’École la responsabilité d’éduquer à la démocratie (laquelle ?), à l’aide au développement (lequel ?), à l’écologie (laquelle ?), à la citoyenneté (laquelle ?), à la santé (pour qui ?), etc. Plus la guerre aussi devient une donnée quotidienne, et plus on encourage l’éducation à la paix. À quelle paix ? Celle de la dénonciation scolaire de la guerre confrontée à sa banalisation médiatique, qui serine à coups d’informations et de désinformations bien dosées que la guerre est inhérente à l’actualité quotidienne comme l’orage est porté par la nuée ?

L’ouvrage extrêmement pédagogique d’Anne Morelli dénonce ce façonnage de l’opinion publique qu’il faut bien appeler la propagande. L’éducation à la paix ne passe pas pour elle par une acceptation moutonnière de la guerre dénoncée en paroles, ressenties par les jeunes comme d’autant plus impuissantes qu’elles sont toujours démenties par les faits. Elle implique au contraire le décorticage de la propagande à laquelle nous sommes soumis sans nécessairement en avoir conscience.

Ce démontage particulièrement convaincant, argumenté et illustré de la propagande guerrière analyse dix principes, parmi lesquels on retrouve ceux-ci, que l’on entend aujourd’hui depuis des mois proférés sur tous les tons mais sans variation : « Nous ne voulons pas la guerre » ; « Le camp adverse est seul responsable » ; « Son chef a le visage du diable » ; « C’est une noble cause que nous défendons » ; « L’ennemi provoque sciemment des atrocités » ; « L’ennemi utilise des armes non autorisées » ; « Nous subissons (ou subirons) très peu de pertes » ; « Ceux qui mettent en doute notre propagande sont des traitres » ;...

La mission d’inspection des Nations unies en Irak n’a trouvé que quelques bouts de tuyaux et quelques usines encore debout où l’on fabrique de l’alimentation pour bétail ou de la crème pour mettre sur les fesses des bébés. Cela prouve qu’il y a dans ce pays des produits qui pourraient aussi entrer dans la composition d’armes de destruction massive ! Qu’aucune de ces armes n’ait été découvertes démontre à l’évidence que l’Irak camoufle ces armes puisque, par définition, il est une menace pour la paix du monde ! Et quand Colin Powell sort de sa poche un petit flacon en plastic censé contenir de l’anthrax, et montre quelques croquis de camions dans lesquels sont dessinées des cuves ressemblant à celles de nos brasseries, cela signifie à suffisance que l’Irak possède des armes chimiques et qu’il en fabrique ! Etc., etc. Ainsi, devant nos yeux, le pays en ligne de mire de la puissance qui veut le détruire devient-il l’agresseur.

Démonter, analyser, soumettre à la critique cette raison du plus fort, c’est le devoir de tout enseignant. L’École remplira ainsi les missions qui lui sont dévolues, non comme une poubelle mais comme un moteur de prise de conscience, celles d’éduquer à la paix, aussi à la démocratie, au développement, à la citoyenneté, à l’écologie, à la santé...

Le livre d’Anne Morelli, antidote contre l’abrutissement moutonnier de la population généralement vécu comme une fatalité regrettable, est un outil incomparable pour ce faire.

ps:

Anne Morelli, Principes élémentaires de propagande de guerre (utilisables en cas de guerre froide, chaude ou tiède...), Labor, 2001.