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Cette recherche se penche sur la pédagogie Freinet, mais pas n’importe où ! Il est question ici d’observer à la loupe une école Freinet en milieu populaire. Le point de départ s’articule autour d’un constat malheureux d’échec scolaire, qualifié par les auteurs d’important, précoce et socialement différencié. La mise en place de la pédagogie Freinet dans cette école a bien pour objectif de lutter contre l’échec scolaire dans des milieux très défavorisés.

Précisons que cette étude et cet ouvrage ont été coordonnés par Yves Reuter, professeur à l’université de Charles-de-Gaulle-Lille 3, ce dernier entouré d’une équipe de contributeurs, composée de plusieurs spécialistes en éducation : sociologues, psychologues et didacticiens.

Une vraie démarche existe dans cette recherche, celle de dépasser le débat autour des pédagogies nouvelles et de leur prétendu caractère dangereux, où seul un retour à la tradition est envisageable. Souvent accusées de tous les dysfonctionnements, ces pédagogies font souvent l’objet d’un rejet systématique sans même faire l’objet d’une recherche.

L’étude se démarque par un caractère assez atypique dans le paysage scolaire français et cela pour plusieurs raisons. Un premier signe de démarcation est son ampleur. En effet, la recherche s’est déployée sur une période de plus de cinq années. De plus, elle explore une multitude de dimensions, telles que : les violences, les relations école-familles, les rapports à l’école et au travail, les apprentissages disciplinaires, le devenir en sixième, etc. Un deuxième signe distinctif est la mise en œuvre de la pédagogie Freinet sur la totalité d’une école (de la petite section maternelle au CM2), le tout dans un contexte de réseau d’éducation prioritaire dans la banlieue lilloise, accueillant essentiellement des enfants de milieux populaires en grande précarité. Enfin, on relève la jonction des différentes questions fondamentales : la description des dispositifs instaurés, la description des effets, la description des relations aux dispositifs et enfin la transférabilité des composantes de ce mode de travail.

Globalement, le bilan est positif, l’école a sorti la tête de l’eau : augmentation du nombre d’élèves, diminution des phénomènes de violence, meilleure intégration des lois, sentiment de justice plus fort. Il n’y a plus d’enfants relégués au fond de la classe et les élèves progressent. Le climat de travail s’améliore : moins de stress, plus de prise de risque, stimulation de tous et les familles sont davantage satisfaites. Le travail ne fait pas l’objet de discours dévalorisants. Parents, maitres et autres élèves sont considérés comme des recours possibles face aux savoirs.

Contrairement aux idées reçues, il a été démontré ici que cette pédagogie était efficace dans un contexte difficile d’école en perdition, lieu d’incidents incessant. Et encore mieux, qu’il était possible d’obtenir des résultats avec des enfants issus de milieux très défavorisés. Néanmoins, même si le bilan reste très positif, ce qui semble rare dans ces milieux de travail, les auteurs restent prudents quant à la transférabilité de l’expérience. Ils relèvent, entre autres, combien cette méthode de travail exige une adhésion totale et un engagement élevé de la part des enseignants et certains principes pourraient même perdre toute leur valeur en cas d’application partielle.

Sous la direction d’Y. Reuter, L’Harmattan, coll. Savoir et formation, 2007.