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Les journées de classe sont rythmées par les périodes de cinquante minutes. Il y a les temps communs des récréations qu’il faut respecter, les moments de sur-veillance à assumer. Tic tac tic tac, la ponctualité, c’est pas si facile.

Je suis une institutrice hors du temps, d’horloge s’entend ! Pris par notre activité, nous sommes, mes élèves et moi-même, systématiquement en retard à la fin des périodes de cours. Il parait que cela pose des problèmes de surveillance à la sor-tie des classes, tant et si bien que l’école a décidé d’instaurer une « alarme de fin de cours ». Ça me stresse. Ce temps à gérer à la seconde près m’angoisse tel-lement que, la semaine dernière, je me suis retrouvée avec dix minutes d’espa-ce-temps à meubler. La classe était rangée, tout le monde était prêt et nous at-tendions en silence le signal du départ.

Symphonie des nouveaux bruits

Pol s’est mis à tapoter sa mallette de ses doigts : tap tip tap tap tap, tap tip tap tap tap... Théo faisait rouler une petite voiture sur la charnière du banc : tac tac, tac tac, tac tac, tac tac... D’un pied, je me suis mise à battre le rythme de mon cœur sur le sol : boum, boum, boum, boum. Soixante battements à la seconde. Quelques élèves ont suivi. J’ai invité, par un geste de la main, le groupe installé autour de Théo à amplifier des mains le son de sa petite voiture sur le banc : clap clap, clap clap, clap clap... Noé, qui depuis deux ans s’est inscrit dans un processus d’apprentissage de la batterie, m’a demandé du regard s’il pouvait. Je ne savais pas ce qu’il voulait, j’ai fait confiance. Il s’est levé calmement, est allé chercher la grosse boite de conserve qui nous sert de réservoir à marqueurs. D’un geste sec, l’a retourné et en a vidé le contenu sur le sol : bralamlalamlam… Puis, en toute liberté, s’est lancé dans un solo de percussion.
Chacun, dans son plaisir solitaire de faire du bruit, a tourné le regard sur lui et, à cet instant, comme par magie, nous sommes devenus un ensemble musical... VOYAGE ! Noé a tapé un dernier rythme et s’est arrêté, les mains comme un oiseau au vol sus-pendu. Petit à petit, la musique s’est tue sur quelques derniers tapotements légers des doigts de Pol sur sa mallette. Silence, silence intense.
« Et quoi, vous ne sortez pas ? » Une tête passée à la porte nous rappelait à l’ordre. Nous n’avions pas entendu l’« alarme de fin de cours » !
La semaine suivante, au conseil, plusieurs enfants se sont spontanément exprimés sur le plaisir qu’ils avaient éprouvé et comment ils avaient découvert la différence entre « faire du bruit seul dans son coin et faire du rythme ensemble ! »