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« Améliorer les temps de midi » dans une école maternelle et primaire.

En septembre 1998, les élèves de 4e et 5e années primaires prenaient leur repas de midi dans le couloir (il y avait deux bancs dans ce couloir). Ces élèves mangeaient debout. Le personnel communal (deux personnes) surveillait ces élèves en même temps que deux classes regroupant -pour le repas- d’une part les élèves de 1e et 2e, et d’autre part ceux de 3e et 6e. Les élèves inscrits au repas complet occupaient quant à eux une autre classe, avec deux autres surveillantes communales.

Dans la cour de récréation, rien n’était organisé. Pas de solution non plus pour les jours de pluie, les enfants étant alors dans les couloirs…

État des lieux

Lors de mon arrivée en tant qu’animatrice en accueil extrascolaire, j’ai demandé à la directrice si les élèves mangeant dans le couloir ne pouvaient pas disposer d’une classe. Elle m’a répondu que cette situation était provisoire, et que l’école pourrait disposer d’un réfectoire en janvier 1999. (J’ai appris par le personnel communal que ce réfectoire était attendu depuis deux ans déjà…).

Avec le soutien d’une collègue nouvellement arrivée, nous avons à nouveau interpelé la direction pour au moins disposer de chaises pour les enfants (certains étaient assis par terre avec leurs tartines…). Répondant à cette nouvelle demande, la directrice a accepté de nous ouvrir une classe à condition que nous en assurions nous-mêmes la surveillance.

Pendant deux mois (octobre et novembre 98), nous avons observé combien ce temps de midi était à la fois désagréable et pénible. Le local mis à disposition était trop exigu (trois élèves par banc disponible) ; cette proximité entrainait des coups, des bagarres ; il y avait beaucoup de bruit, d’insultes. Ma collègue et moi n’étions pas entendues.

Nous avons alors observé comment cela se passait dans les classes voisines : c’était de fait plus calme, mais le personnel de la ville avait adopté une attitude autoritaire, imposant le silence et inscrivant au « tableau noir » le nom des enfants ne respectant pas les consignes, avec punitions à la clé. Nous n’avions aucune envie de copier ce modèle.

Nous avons alors interpelé les enfants en leur expliquant combien la situation était pénible pour eux comme pour nous, et en suggérant que nous pourrions chercher ensemble comment améliorer ce temps de midi. Nous avons demandé aux enfants de mettre par écrit leurs souhaits. Ces demandes ont été découvertes avec eux et il a été pris note des souhaits les plus réalisables. Je dois dire qu’il y a eu, à cette période-là, encore plus de bruit dans notre classe, les enfants s’exprimant tous en même temps, et acceptant difficilement les opinions différentes des leurs. Ce fut une belle occasion d’apprendre à s’exprimer, mais aussi à écouter l’autre avec ses différences.

Prise en main

Petit à petit, jour après jour, les enfants ont établi avec notre soutien une charte de vie pour les temps de midi à l’école. Cette charte fut élaborée sous la forme suivante :

  • droit des enfants (je peux…)
  • obligation conséquente (alors je dois…)
  • sanction éventuelle (je n’ai pas respecté, alors…).

Signée par tous les enfants concernés, elle fut également communiquée aux enseignants, à la direction et aux parents.

Le temps de repas devint bien plus agréable (nappes ou sets sur les tables, musique…). La demande concernant les jeux de société après le repas fut réalisée : jeux personnels, jeux de la classe et jeux empruntés. La même démarche de participation des enfants a été réalisée en ce qui concerne les jeux extérieurs : planning foot, basket, règles de fonctionnement et de comportement (violence, gros mots, gestion des conflits…).

Ce projet a pu être réalisé car la direction de l’école a accepté notre démarche ; il a aussi été rendu possible grâce à la participation active de l’institutrice de 5e année primaire qui nous a proposé sa classe plus grande et plus accueillante et à la participation de l’institutrice de 4e année (classe également concernée par le projet).

Mettre en œuvre un tel projet est un travail difficile, car il nécessite pour sa mise en place des personnes qualifiées et motivées à faire changer les choses. Ce travail n’est pas possible sans le soutien actif du personnel enseignant. Nous travaillons souvent dans l’urgence : à midi, les enfants ont faim et veulent se détendre ; il est alors difficile d’entreprendre une réflexion commune. Il faut alors trouver un moment avant ou après le temps de midi, pour en parler ensemble. C’est aussi un travail jamais achevé, toujours à évaluer, à corriger. Les situations changent (le réfectoire est enfin construit) et un autre travail est à faire…

Pour terminer, vive les petites brochures Les midis pour le plaisir : en parler pour changer [1], si bien évidemment les directions d’école ne les oublient pas au fond d’un tiroir et les communiquent au personnel de leur école.

notes:

[1Éditée par la Coordination Éducation/santé asbl. Disponible au Centre de Documentation de la CGE.