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L’institution scolaire ne détient plus le monopole de l’éducation : de multiples organismes publics et privés offrent aux familles des activités éducatives, sportives, culturelles.

Comment réagissent les familles face au marché des activités extrascolaires ? C’est ce que nous proposons d’examiner à travers les résultats d’une étude longitudinale menée depuis plus de vingt ans et qui a suivi la trajectoire de jeunes à partir de l’âge de cinq ans jusqu’à leur vingt-sixième année. Cette recherche de longue durée nous a permis de recueillir des données multiples et riches dans l’environnement familial, scolaire et socioprofessionnel de jeunes de 54 familles de la région de Mons-Borinage.

Familles et fonctions

Le premier groupe de familles, que nous avons appelé « les familialistes » (30% de l’échantillon), privilégient l’univers de la maisonnée. Il se compose essentiellement de jeunes mères de famille actuellement sans emploi et de formation scolaire peu élevée, mais néanmoins soucieuses d’un bon fonctionnement intrafamilial. Elles investissent peu dans les activités extérieures, ont peu de loisirs propres. Lors de leur enfance et adolescence, elles n’ont bénéficié que de peu d’activités extrascolaires, ayant vécu un contrôle parental important, qui a justifié leur départ précoce du foyer d’origine.

Vis-à-vis de leur(s) propre(s) enfant(s), ces jeunes mères investissent davantage l’intégration scolaire tout en craignant un échec anticipé (en référence à leur vécu) ; les jeunes enfants ne fréquentent guère les activités extrascolaires sauf de manière ponctuelle, lorsqu’une infrastructure existe à proximité (par exemple, la plaine de jeux durant les vacances scolaires).

Le deuxième groupe de familles, appelé « les fonctionnalistes » (15% de l’échantillon), se compose de jeunes techniciens. Ils sont issus de milieux ouvriers (comme le groupe précédent d’ailleurs) dans lesquels l’école a une fonction essentiellement professionnalisante. Dans ces familles, les loisirs sont surtout l’occasion de pratiquer un sport, de s’adonner à un hobby qui délasse, permet une rupture avec l’activité professionnelle.

Les activités extrascolaires pratiquées par ces jeunes durant leur enfance et leur adolescence les ont affiliés à des groupes sportifs ou des associations locales telles que des clubs de philatélistes, de petits éleveurs, des groupements folkloriques… Le côté associatif l’emporte sur la performance.

Héritages et contrats

Les « héritants » (15% de l’échantillon) sont de jeunes adultes travaillant dans l’entreprise familiale ou ayant créé leur propre commerce. Issus de la classe moyenne, ces jeunes n’ont guère été motivés par leur scolarité, mais par contre, ont investi de multiples activités extrascolaires autant dans le domaine sportif que culturel et également dans le domaine récréatif (sorties entre copains). Le choix des activités répondait le plus souvent à un phénomène de mode.

Les « contractualistes » (20% de l’échantillon) sont de jeunes adultes qui ont poursuivi des études supérieures non universitaires et travaillent dans le secteur de leur formation, le secteur non marchand pour la majorité. Les attentes parentales ont été élevées en matière de scolarité et un contrôle bienveillant a accompagné tant les activités scolaires que les activités extrascolaires. Ces jeunes ont fréquenté des plaines de jeux, des mouvements de jeunesse, ont participé à des activités culturelles (académies de musique, de dessin,…). La dimension du plaisir, associée à l’activité extrascolaire est largement prise en considération.

Prothèses

Le dernier groupe, les « prothésistes » (15% de l’échantillon) se compose de jeunes universitaires qui sont à la recherche de leur premier emploi. Leur origine sociale est semblable au groupe précédent, c’est-à-dire classe moyenne et supérieure. Si la vie familiale a été régie par les exigences scolaires durant toute la scolarité de ces jeunes, les activités de loisirs n’en sont pas néanmoins exclues : le choix s’est réalisé en fonction de l’intérêt du jeune, de son implication dans l’activité. Compétitions sportives, réalisations artistiques… ont existé, de manière encadrée, à l’adolescence mais ont la plupart du temps été abandonnées lors des études universitaires (priorité au projet d’études).

Au terme de cette brève analyse, il apparait que l’investissement des jeunes dans les activités parascolaires n’est pas que le fruit d’une opportunité occasionnelle (le développement d’infrastructures et d’un encadrement) ou le résultat d’un engagement individuel et volontaire. La présence des jeunes dans les projets parascolaires comme stratégie de développement est l’aboutissement d’une logique familiale. Le jeune s’autorise à participer aux domaines d’activités auxquels la famille et son histoire l’autorisent. Au sein de sa famille, le jeune s’imprègne des habitudes et routines de vie que lui dicte son environnement immédiat.

Conscient de ce déterminisme socio-historique, il importe d’engager des démarches de sensibilisation envers les familles, sous le mode de l’échange, en plus d’une sensibilisation des jeunes. Seul l’échange des représentations entre les différents partenaires de l’éducation (parents, enfants, enseignants) est susceptible d’introduire une démarche de réflexivité, de remise en question auprès des acteurs. Telle est la première étape d’une démarche qui vise à briser le cycle du déterminisme socioculturel.

ps:

Bibliographie : P. Nimal, W. Lahaye et J.P. Pourtois, Logiques familiales d’insertion sociale, De Boeck, 2000.