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Il y a cinquante ans, alors à l’école primaire communale du village, il m’est arrivé de me lever très tôt pour étudier par cœur, après les travaux de la ferme et avant l’école, les réponses aux questions du catéchisme : « Qui est Dieu ? », « Combien y a-t-il de personnes en Dieu ?  »... Dans ce microcosme, mon Dieu avait de la chance, il était seul, admis et compris de tous. Le curé était à l’école comme chez lui et l’instituteur était accueilli comme un fils dans la maison du père.
Si mon village est resté anthropologiquement stable malgré un élève qui suit aujourd’hui le cours de morale, il n’en va pas de même pour certains lieux urbains. Tel quartier de Saint-Josse habité par la bonne bourgeoisie belge, il y a à peine trente ans, est immergé aujourd’hui dans la culture turque. Tel autre de Molenbeek est passé des boucheries artisanales aux épiceries halals...
Chaque peuple a ses croyances et ses convictions religieuses. L’État belge a établi un pacte scolaire, en 1959, et a défini ses priorités dans un décret missions, en 2009. La Communauté Wallonie-Bruxelles a ajouté la neutralité de son enseignement au travers de plusieurs décrets. En gros, au nom du père qui est le leur, les parents peuvent choisir la chapelle fréquentée par leurs enfants et le type de prêche choisi, à raison de deux périodes par semaine.
À diverses reprises, des politiques ont voulu amorcer un débat à propos des cours de religions et de morale. D’aucuns pour les supprimer au profit d’un vrai cours de philosophie, d’autres pour instaurer un référentiel commun... Le patron de l’enseignement catholique a même proposé de remplacer le Nouveau Testament par le Coran dans les écoles libres à forte population maghrébine.
Dans notre pays ouvert et tolérant, tous les Dieux ont leur place et toutes les places scolaires ont un Dieu. Catholique, protestant, islamique, israélite, orthodoxe... Même ceux qui n’ont pas de Dieu ont une religion, la morale laïque. À quel prix ?
En attendant, certains enseignants font ce qu’ils peuvent dans le cadre du cours de religion ou de morale qui leur est donné. Ils forment au débat convictionnel, distillent la tolérance, font lire les textes fondateurs, combattent le fanatisme, saupoudrent des idées de justice sociale, alimentent la quête existentielle des jeunes et parfois même, ils apprennent à leurs élèves à penser.