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Postulat : un interculturel constructif pour les élèves mérite des personnes à la fois ancrées et ouvertes, nécessite des personnes avec une colonne vertébrale suffisamment soutenante et souple. Exemples vécus dans l’enseignement supérieur et le secondaire.

Dans le cadre d’un cours intitulé Philosophie et histoire des religions à destination de futurs enseignants, un cours de présentation du fait religieux, j’ai pris l’habitude de sonder mon groupe sur les questions de sens qu’il trouverait intéressant de poser à des représentants de 4 confessions reconnues par le système de financement des cultes.
Par exemple, les étudiants souhaitent entendre les intervenants sur ce qu’ils pensent du fait que leur confession est parfois reliée à des faits d’exclusion de l’autre. Je consacre ensuite deux heures de cours pour chaque confession : la première heure est destinée à présenter des informations générales. Lors de la deuxième heure, l’invité, personnalité reconnue, réagit aux 3-4 questions de sens posées.
La première année de cette expérience, j’avais trouvé assez amusante l’attitude du représentant du Centre d’Action Laïque qui avait refusé que je parle de la laïcité en son absence. Il tenait à être présent dès le début afin de pouvoir reformuler lui-même si la présentation de la laïcité ne lui convenait pas… J’ai continué à trouver son attitude amusante jusqu’au cours consacré à l’islam. Là, je me suis rendu compte à quel point le souci du représentant laïc dénotait une certaine pertinence. L’ami et ancien collègue musulman que j’avais invité ne souhaitait pas quant à lui assister à mon heure de présentation. Après la pause, quand je l’ai entendu rebondir aux questions posées par les étudiants, je me suis dit que j’aurais mieux fait de me taire pour lui « Permettre aux élèves de mettre davantage de rationalité dans leur recherche de sens. »laisser toute la place, moi qui ne suis pas théologien musulman.
Quant aux étudiants, en première heure, ils avaient visité l’islam comme d’autres visitent un zoo. En deuxième heure, ils avaient pu se plonger dans la manière dont un musulman utilise ses ressources pour éclairer des questions de sens. Et à ce moment, un travail autrement formateur s’est accompli chez eux. En première heure en effet, malgré mon réel souci d’honnêteté intellectuelle et ma capacité à résumer ce que racontent plusieurs sources autorisées, j’ai eu l’impression, suite à l’écoute du théologien critique musulman, que mon langage était aussi inapproprié que ne l’est le « langage lion » ou « rhinocéros » pour moi lorsque je dois visiter un zoo.

Une ouverture à l’interconvictionnel

J’étais enseignant dans un athénée de la Communauté française regroupant une majorité d’élèves issus d’Afrique du Nord et de Turquie en 2001. Sur la cour dite de récréation, l’atmosphère était plus électrique qu’elle ne l’était d’habitude, en cette fin du mois de septembre. Les attentats aux États-Unis faisaient que les insultes et tensions convictionnelles y étaient davantage palpables.
De manière assez spontanée étant donné l’amitié qui nous liait, nous avons pris sur nous, en tant que titulaires des cours philosophiques, de regrouper nos étudiants en leur imposant une question qui nous paraissait alors opportune : comment les différentes confessions invitent-elles à réfléchir les questions de violence, ici comme là-bas ?
C’est encore aujourd’hui un excellent souvenir, à la fois personnel et professionnel. Personnel, car les collègues ayant pris le travail au sérieux ont véritablement et profondément enrichi mon bagage. Professionnellement, cette activité a contribué à ce que les cours dits philosophiques remplissent leur mission, notamment de permettre aux élèves de mettre davantage de rationalité dans leur recherche de sens. Cela s’est réalisé grâce à une confrontation à des ressources philosophiques et religieuses variées, mais aussi autorisées, ancrées et contrôlées par une inspection.

Pertinence des cours philosophiques « à la belge »

À chaque fois qu’il m’est donné l’occasion d’échanger avec des collègues étrangers, je ne peux cacher mon enthousiasme à l’idée de vivre dans une collectivité qui décide que la recherche de sens est tellement importante qu’elle mérite :
aux minimum deux périodes par semaine durant l’enseignement obligatoire.
des adultes formés capables d’entendre les questions posées par les jeunes scolarisés et de leur proposer des ressources afin d’approfondir cette démarche.
Cet enthousiasme vient notamment du fait que la recherche de sens mérite aussi d’autres lieux que les familles ou autres arrière-fonds de salles paroissiales, de mosquées ou de maisons de la laïcité. L’école est un lieu privilégié pour que cette recherche de sens progresse en fonction de certaines rationalités. Et, si ces rationalités sont croisées par des personnes ancrées dans un cadre institutionnel scolaire, cela ne peut qu’apporter une valeur ajoutée aux élèves. Car là est le cœur de la question. De quoi les élèves ont-ils le plus besoin ? Quels semblent être des objectifs pertinents d’une ouverture à l’interconvictionnel dans le cadre scolaire ?
S’agit-il de prendre du plaisir à aller voir comment l’autre pense, comme certains enfants ont du plaisir à visiter un zoo ?
S’agit-il d’élargir son champ de connaissance et de cultures générales comme on le ferait dans n’importe lequel des cours encyclopédiques présentant le réel comme on présente des faits ?
S’agit-il de disposer de ressources multiples afin d’éclairer des questions de sens, comme les programmes des cours dits philosophiques y invitent ?
Mon ancrage dans l’enseignement de cours dits philosophiques me fait pencher vers cette dernière solution. Je ne peux que constater l’importance que cela a pour les élèves d’avoir un enseignant certes ouvert aux autres, mais aussi clairement ancré dans ses bottes, plutôt que quelqu’un qui n’assume pas ses convictions ou, pire, prétend les cacher derrière une pseudo neutralité.