Foutues idéologies ? Idéologies foutues ?

C’est quoi ce truc dégueulasse, ce truc invisible qui filtre la réalité
et qui fait que les autres sont prêts à nier l’évidence, à refuser d’ad- mettre qu’ils sont de mauvaise foi. Mauvaise foi ? Celle de l’autre. Il n’y a d’idéologie que s’il y a de l’autre et que l’autre se trompe à nos yeux. Y a-t-il de bonnes fois autres que celles fondées sur du doute ? Au nom de quoi et pour qui brandissons-nous nos certitudes ? Quels sont nos clous qui crucifient les pensées de l’autre ?

Soudain tu t’accroches et tu n’en démords plus, ça devient doulou- reux en toi et ta colère monte, tes mots se durcissent, tu les brandis comme des remparts et tu n’écoutes plus l’autre, tu le sommes de se rendre à tes évidences, tu empiles les vérités indépassables, elles se transforment en anathèmes et tu crois triompher alors que l’autre
ne t’écoute plus depuis longtemps. L’idéologie version « bad trip », longue et douloureuse descente aux enfers de la sclérose en tracts d’une pensée qui ne sait plus au nom de quoi ni pour qui elle se forge.

Mais alors quoi, on ne peut plus croire en rien ?
C’est qu’il ne s’agit pas seulement de croire, mais de voir : comment la société se fait et se pense, comment nous pouvons la voir et l’interpréter, ce que nous en retenons et ce qui nous importe. Chacun de nous et pas seulement l’autre s’organise dans un système cohé- rent sans lequel rien n’aurait de sens et tout se vaudrait.
L’extorsion de la plus-value par l’exploitation du travailleur ou la création de richesses grâce à l’investissement d’un capital et la créa- tion d’emplois décrivent une même réalité, mais pas la même vision de la société.

La destruction de l’environnement et la déshumanisation du travail au nom du profit à court terme pour quelques-uns ou la mise en valeur des ressources naturelles et humaines pour créer au cout le plus bas la croissance qui produit le bienêtre social s’emparent d’une même réalité, mais les premiers la dénoncent parce qu’elle détruit ce qui a de la valeur pour eux et les autres la justifient pour les mêmes raisons.

Il y a l’idéologie dominante, celle qui fait le monde tel qu’il est, qui en a l’initiative et tend à s’imposer comme une évidence. Elle est capi- taliste et libérale, un peu social-démocrate quand le social lui résiste. Mais qu’est-ce que ça signifie au juste ? Jusqu’où sommes-nous imprégnés de cette idéologie à l’insu de notre plein gré ? Et quand nous ne le sommes pas, quelle est notre idéologie de résistance ? Au nom de quoi et pour qui, par exemple, donnons-nous tant d’impor- tance à l’égalité ?

À tenter de décoder dans ce qui fut expérimenté pendant ce WE d’écriture par des membres d’un Comité de Rédaction de Traces... presque frustrés de ne pas avoir vécu un bon vieux bad trip de der- rière les 70’s.