3e maternelle, dans une école en D+, c’est l’heure du temps de midi. Certains élèves retournent chez eux. Les parents viennent cueillir leurs enfants sur le trottoir. L’institutrice interpelle une maman et lui dit : « C’est pas des chaussures, ça ! Après-midi, il faut qu’il revienne avec des chaussures, sinon il ne rentre pas dans ma classe. »

C’est comme un abus de pouvoir. Comme une claque devant tout le monde. C’est comme dire à la mère, tu n’es pas une bonne mère. C’est une intrusion terrible, un exemple de violence symbolique.
Et je suis certaine que l’institutrice a dit ça en pensant « protéger » son élève. C’est pour son bien…
Qu’est-ce qui se trame dans les petites phrases qu’on dit ?
Qu’est-ce qui est le plus important : avoir les pieds au chaud ou être reconnu en sandale. C’est un peu caricatural, soit, mais si on tournait 7 fois sa langue dans sa bouche avant de parler pour se donner le temps de peser les effets de ce qu’on dit. Hundertwasser [1] voyait l’homme dans une succession de peaux, de l’intérieur vers l’extérieur : la peau, les vêtements, l’habitation, le quartier et le monde. Avoir cette vigilance de ne pas égratigner les peaux des autres. Se détacher de nos évidences, douter de nos certitudes. Donner cours plutôt que des conseils. Se sentir enseignante plutôt que maman. Éviter les menaces d’exclusion pour faire « gentiment » pression.
Prendre du temps, de temps en temps, pour repenser à ce qu’on a dit (vu, entendu), écrire à partir de ses souvenirs des récits réflexifs de ces vécus-là. Interroger nos pratiques à l’égard de nos idées. 

notes:

[1Hundertwasser (1928-2000) était un peintre, un architecte, un penseur et un militant écologiste.