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Les auteurs, fondateurs de l’ASBL « Le Grain », sont des compagnons de route de « CGé » depuis longtemps et ils n’ont pas cessé de nous nourrir. Ce livre compte donc ! C’est le mot « émanciper » qui constitue son fil conducteur : « Émancipation, simultanément comme perspective politique, comme engagement social et comme travail pédagogique ».
Dans une première partie se retracent les traits de ce que « Le Grain » nommait avant « pédagogie populaire ». Le point de départ était déjà, vers 1970, l’analyse des inégalités dans la société et de l’école comme reproductrice sociale. Les auteurs rappellent leur immersion dans des situations concrètes en milieu populaire : animation de rue, action de quartier, enseignement professionnel et construction de leur modèle pédagogique à partir de leurs choix et de leur expérience. Aller-retour porteur entre pratique et théorisation.
La démarche par excellence au service de leurs visées est la méthode du projet. Le projet : « une tâche définie et réalisée en groupe, issue d’une volonté collective, aboutissant à un résultat concret, matérialisable et communicable, présentant une utilité sociale. »
Chemin faisant, les auteurs ont troqué le concept de pédagogie populaire pour celui de pédagogie émancipatrice et développé aussi d’autres outils que le projet. Aujourd’hui, les enjeux sociaux sont-ils si différents de ceux qui ont marqué ces débuts ? Sept facettes des mutations en cours nous donnent un résumé éclairant de cet aujourd’hui complexe dans lequel inscrire l’action éducative d’émancipation et ses enjeux.
Une deuxième partie, « Les Fondements », propose un contenu précis de la notion d’émancipation. C’est l’histoire du concept : se libérer d’une domination, d’une aliénation, de la violence symbolique, de la puissance de la méritocratie.
Suit un arrêt sur l’empowerment, proche du concept d’émancipation et l’évocation de possibles dérives. Cette partie envisage, face aux situations de domination, l’élaboration d’alternatives. Et c’est toute la réflexion autour de démocratie, radicale, directe, participative, avec un questionnement à propos de l’autonomie (toujours bonne à prendre ?), des formes de solidarités, du pouvoir concédé ou conquis… et puis, l’émancipation comme action sociale mettant en avant la diversité des luttes émancipatrices, leurs conditions et les possibles obstacles.
La pédagogie émancipatrice est alors définie par son programme : accroitre le pouvoir-agir. Sa finalité se prolonge en une série de buts éducatifs résumés ainsi : accroitre la maitrise intellectuelle, culturelle et affective qui doit permettre à ceux qui sont privés de savoir et de pouvoir, de gagner confiance en eux et d’acquérir une coopération avec les autres, une capacité d’action plus grande sur leur environnement. Quatre pages superbes disent en dix points quand une pédagogie est émancipatrice. Ensuite, se déclinent et se tissent développements individuels et solidaires. La nécessité des savoirs utiles et la place des animateurs sont également décrites en fin de cette deuxième partie
La troisième partie intitulée « Les pratiques » propose un inventaire de ressources méthodologiques pour mener à bien des démarches de pédagogie émancipatrice : des pistes concrètes concernant le rapport au savoir, au pouvoir, aux autres et aux valeurs, inscrits dans l’approche coopérative.
Cette actualisation du premier livre de l’ASBL « Le Grain » est donc bienvenue nourrira les acteurs impliqués dans les mouvements sociaux dont les luttes émancipatrices pour un système scolaire plus juste.

Francis Tilman et Dominique Grootaers, « Le défi pédagogique – Émanciper par l’action sociale et l’éducation », Éditions Chroniques sociales, 2016.