Édito

Les neurosciences, on en avait entendu parler bien avant le débat actuel en France. Certains d’entre nous y trouvaient des pistes de réflexion intéressantes. D’autres s’en méfiaient comme de la peste. Rien de tel qu’un dossier pour y voir plus clair, pensions-nous…
Qu’en avons-nous tiré  ? D’abord, que les grandes vérités établies par les neurosciences ne sont pas si nombreuses que cela, et n’apportent rien de fondamentalement neuf pour l’école. Alors, pourquoi tant de bruit et de fureur  ?
Les neurosciences appliquées à l’école, c’est un peu comme ces planches remplies de taches bizarres que les psychologues vous ont tendues quand vous étiez enfant : qu’est-ce qu’on y voit  ? Ce que chacun a envie d’y trouver. Si les uns verront dans les neurosciences une démonstration du besoin d’autosocioconstructivisme, les autres ne jureront que par le dépistage et l’individualisation des apprentissages  !
Cet engouement révèle aussi le besoin criant de repères fermes et de légitimité des éducateurs et enseignants, le besoin d’une grille de lecture rassurante (puisque cautionnée par la science) pour les parents, le besoin d’un MacGuffin [1] pour des politiques en panne de projet éducatif, etc. Et le désarroi de tous face à une société qui réclame toujours plus de performance et de normalisation. Est-ce étonnant d’avoir vu se multiplier tant de neuromythes  ?
De ce dossier, le comité de rédaction a tiré de nombreuses questions et inquiétudes : suffit-il d’expliquer, comprendre comment fonctionne notre cerveau pour que celui-ci se mette à mieux fonctionner  ? Les neurosciences, héritières de la vieille psychologie expérimentale, ne sont-elles pas, pour certains du moins, une manière de ne se focaliser que sur les comportements, pour vérifier s’ils sont adéquats — et dépister et rééduquer ceux qui ne le sont pas  ?
Faut-il pour autant jeter les neurosciences avec l’eau du bain  ? Pas sûr  ! Au-delà de l’emballement médiatique, pédagogique ou politique, des chercheurs et praticiens essaient et cherchent, en interrogeant valeurs et rigueurs.
Les débats ont été vifs au sein du comité : comment (aider à) prendre position face aux neurosciences, sans en montrer la diversité des discours et des pratiques  ? Et jusqu’où aller dans cette ouverture, sans trahir nos convictions  ?
À vous, lectrice et lecteur, de vous construire votre propre opinion. C’est notre façon de contribuer à désamorcer l’argument d’autorité («  La science a dit que…  »), et à intégrer les neurosciences dans une réflexion sur l’école, au-delà de la limite de nos simples cerveaux.
Comité de rédaction

notes:

[1Le MacGuffin est un objet, prétexte au développement d’un scénario. L’objet lui-même n’est que rarement utilisé, seule sa récupération compte.