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Accueil / CDoc / Recensions / L’entraînement mental, c’est quoi ?

Situation concrète insatisfaisante : aux dernières rencontres pédagogiques d’été, l’atelier « entraînement mental » ne s’est pas tenu, par manque de participants.
Problème : trop peu de textes sont disponibles, qui peuvent convaincre de s’engager dans cet « entraînement ».
Explications : les gens répugnent à s’inscrire pour une semaine dans une formation dont ils ne perçoivent pas assez clairement le bénéfice possible ; les formateurs en entraînement mental répugnent à écrire sur leur pratique ; les documents existants sont peu accessibles.
Solution : elle existe depuis novembre 2003. [1]

Préfacé par Philippe MEIRIEU, c’est l’ouvrage collectif d’une quinzaine de « militants culturels », qui ont des expériences professionnelles et des sensibilités fort différentes. Dans l’un des chapitres, chacun d’eux raconte brièvement le parcours qui l’a amené à devenir formateur en entraînement mental.
Cela illustre une caractéristique essentielle de l’entraînement mental : des démarches variées mais une méthode commune. Celle-ci se résume aux quatre étapes évoquées ci-dessus : elle consiste à réfléchir en groupe à une situation de la vie courante - ou à un vaste problème de société - en cherchant à répondre successivement aux quatre questions suivantes : De quoi s’agit-il ? Quels sont les problèmes ? Pourquoi est-ce ainsi ? Que faire et comment ?
Élémentaire, direz-vous. Et cependant peu nombreux sont ceux qui, systématiquement, s’imposent cette discipline de pensée pour améliorer leurs pratiques, que celles-ci soient domestiques, professionnelles ou militantes. Car il est plus facile d’endosser le « prêt-à-penser » que proposent les grandes surfaces ou les boutiques du marché des idées. Pour penser par soi-même, avec d’autres confrontés à la même insatisfaction, il faut un « entraînement ».
On trouvera aussi des approfondissements sur les aspects éthiques, affectifs et épistémologiques des démarches évoquées, sur leurs relations avec les combats pour la démocratie et l’égalité sociale. Ce bouquin de 240 pages se termine par une synthèse dense mais claire qui situe l’autoformation dans l’ensemble de la société et l’entraînement mental par rapport à cette autoformation.
En quoi l’entraînement mental peut-il intéresser les enseignants ? Pratiqué entre collègues, il peut aider à mieux résoudre les problèmes professionnels. C’est ce que les enseignants de quatre écoles fondamentales ont fait récemment, sous la conduite de Jacques CORNET et Vincent DUPRIEZ, dans le cadre d’une recherche menée par CGé et le GIRSEF sur la vision que les enseignants ont de l’égalité. En classe, avec les élèves, il peut structurer une activité de projet, et, en donnant tout son poids à la phase « explication », aider à ne pas négliger les apprentissages souhaités. Enfin, la succession des quatre phases peut structurer un cours technique (au sens le plus large, de présentation d’un savoir d’action), en évitant de se perdre dans des notions théoriques inutiles pour résoudre les problèmes auxquels la technique en question est censée répondre. Mais cette dernière démarche n’est pas abordée dans le livre : ceci est une autre histoire.
Aux rencontres pédagogiques d’été, Danielle LIETAER a, pendant plusieurs années, animé un atelier d’initiation à l’entaînement mental qui a marqué de nombreux militants de CGé. Gravement malade, elle ne pourra le faire en 2005. En attendant la cuvée de 2006, laissez-vous accrocher par ce bouquin.

notes:

[1Ouvriers de l’entraînement mental, Penser avec l’Entraînement Mental - Agir dans la complexité, Ed. Chronique sociale, Lyon 2003