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Écrire, ce n’est pas vieux comme le monde même si les premières traces d’écrits connues remontent à plus de 3000 ans avant notre ère. Les hommes ont construit de nombreux langages écrits et un certain nombre d’entre eux restent opérationnels aujourd’hui.

Parler, ce n’est pas vraiment un apprentissage, c’est si naturel. Il n’y a pas d’analphabètes de la parole en dehors des muets. Par contre, pour apprendre à écrire, il faut aller à l’école et y rester longtemps...

« m m m a a a m m m a a a n n n ». « maman » Au début, c’est une question de dessin, il faut apprendre à dessiner les lettres... Ah ! Les jambages... Il faut rentrer la langue et changer de main si vous tenez votre crayon à la main gauche avec le poignet recourbé qui, lorsque vous passerez à l’encre, effacera tout au fur et à mesure que ce sera écrit...

« Maman me donne une orange ». Il faut ensuite organiser les mots : un sujet, un verbe, un ou plusieurs compléments. Et cela se complique au fur et à mesure que le temps passe. « Les dix oranges, que maman a épluchées, épépinées pour chacun de ses enfants, donnent envie à papa qui traverse la cuisine pour se servir une tasse de café. » Il faut abandonner son style oral, faire valser les adjectifs, les noms, les pronoms, les conjonctions, les adverbes, les propositions, les conjugaisons.

« Si maman a épluché et épépiné dix oranges pour ses enfants, que l’un d’entre eux n’en mange pas, que le plus jeune n’en reçoit qu’une et que les autres en ont eu trois, combien d’enfants y a-t-il ? » Des savoirs scripturaux sont indispensables au développement de la rationalité. On pense certes avant de pouvoir écrire, mais l’écriture permet l’acquisition d’une autre pensée. On abandonne ses récits décousus, ses paroles erratiques, on structure son texte, on argumente, on calcule, on raisonne.

« Les oranges sans pépins sont certainement bien pratiques pour les mères qui ont beaucoup d’enfants mais la perception du gout de ces fruits sans graines n’est-elle pas porteuse, au contraire de ceux dont la chair est fertile, d’un sentiment castrateur. » Au terme de ce long apprentissage scolaire, on découvre le méta langage. On prend du recul, on psychanalyse, on philosophe. On se permet d’écrire des choses qui ne disent rien à un certain nombre mais qui parlent aux initiés.