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Il y a des camarades, là, autour de moi qui sont nés à gauche ; certains issus du milieu intello, d’autres d’une vraie famille ouvrière, sans aucun doute.

Moi, je suis né en Allemagne d’un père officier et d’une mère qui n’avait sans doute pas besoin de trouver un boulot. Vie facile. Je me souviens de mes années de primaire dans une école aux abords de la caserne. J’étais au premier banc à droite entouré de quelques fils d’officiers, mes camarades de jeu de l’époque. Derrière nous, les fils de sous-off, et dans le fond de la classe, ceux des simples ploucs. Oui, on était installé en fonction de nos résultats scolaires. C’était bien. De toutes façons, ceux du fond de la classe, ils étaient mal habillés, il y en avait même qui sentaient mauvais. Et puis, on les connaissait pas, ils habitaient dans le quartier du bas, celui où les maisons se touchaient.

Puis vint le Zaïre. École belge, privée. Cours le matin, piscine l’après-midi, et quelques parties de tennis où pour quelques sous un noir nous ramassait les balles.
Retour en Europe, internat strict, sévère, austère, où les curés s’ennuyaient à faire grincer leurs cent pas sur un plancher surciré, comme pour nous dire : « Je suis là mon fils, je veille sur toi, mais pas de faux pas ! ». J’étais entre de bonnes mains. Rien ne laissait présager que je pourrais glisser à gauche, mais à force d’être le cul dans le beurre, on finit bien par déraper.

Glisser pas tomber

Redoublements successifs, punitions innombrables, renvois, révolte, l’adolescence est bien là. Je me détache de mes premiers camarades qui sont restés au premier rang et m’entoure d’autres révoltés, j’abandonne ma patrouille de scouts, je pars en vacances en stop, j’essaie mon premier pétard et je chante du Maxime sur la plage. Au retour, je décide de changer d’école (enfin... je venais d’être viré de l’autre côté). Je veux faire « sciences humaines ». Pas parce que c’est à gauche, non, à cette époque l’image du gauchiste était horrible pour moi, c’était une image d’ouvriers abrutis par un travail à la chaine et dont l’activité favorite semblait être la grève. Non, je voulais faire sciences humaines parce qu’il me semblait que ça faisait bien, un peu intello ; je ne sus qu’après que c’était une section poubelle. Mais poubelle ou pas, j’avais fait le bon choix. Je n’en croyais pas mes yeux : des cours de sciences hors du local, un cours de religion ou l’on étudiait Marx, un cours de math où il nous arrivait de jouer, un cours de français où on allait au théâtre, et même un cours de sciences sociales ou on faisait du débat politique.

On avait notre propre radio libre ; en rhéto, on gérait notre bar, on organisait nos activités, on avait aussi notre petit journal pour l’école.

Mais je ne suis pas encore à gauche, même si le poster du CHE bien mis en évidence dans ma chambre, comme symbole de la gauche remplace tout doucement l’image de Popol, ouvrier à la FN, Jupiler, FGTB, Standard que j’ai dans la tête.

Je n’ai jamais décidé d’être à gauche... Je le deviens. Vous savez, je suis graphiste, bon graphiste (il y en à même qui disent très bon). Et un bon graphiste, ça peut devenir riche. Je suis enseignant. En soi, c’est déjà un choix de gauche. Depuis je creuse ma gauche, en m’engageant par-ci, par là, à gauche, à droite (oups) pour véhiculer des idées, participer aux changements (pour l’égalité). S’engager dans un mouvement sociopédagogique qui vise le changement, ça vous aide à réfléchir à gauche et c’est plaisant. Certains appellent ça un hobby, quelquefois c’est du combat. Mais engager sa gauche dans des institutions qui ne visent rien, c’est un combat, c’est chiant et pourtant je le fais aussi : associations diverses, conseils de participations, formations d’enseignants...

Mais de gauche, je n’ai sans doute que les combats d’idées et des pratiques. Après tout, je reste très bourgeois. Comme beaucoup de mes camarades sans doute.