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Chaque année, ce sont les mêmes questions qui reviennent : quel atelier vais-je choisir ? Qu’est-ce qu’il va m’apporter concrètement... et pour mes pratiques et pour moi-même ? Y aurai-je ma place ? Et si c’était le mauvais choix ? Est-ce que ce sera aussi bien que l’année dernière ? La prise de tête, quoi !

Le choix opéré, le compte à rebours s’enclenche. Toujours le même paradoxe : chaque fois que j’y pense, je suis pressée, anxieuse, mais les doutes et les questions subsistent jusque la mi-aout.

Le brise-glace

Les ateliers commencent toujours par une petite activité de présentation assez sympathique. C’est un moment-clé où je colle des étiquettes : Martine la prof d’histoire, Stéphane l’instituteur primaire, Caroline la directrice, Sandra l’étudiante de Jacques, Ludovic celui qui est sûr de lui, Charlotte la timide, Véro qui fréquente les festivals rock l’été...
J’observe, j’écoute, je souris, je ris, je nous trouve des affinités, je suis impressionnée, je hausse les sourcils, je me demande pourquoi telle ou telle personne a choisi cette formation...
Jusqu’ici tout va bien. À part la première prise de parole pour me présenter qui m’intimide toujours un peu, je ne me suis pas encore mise en danger.

Le refroidissement

Ce que je n’aime pas dans les ateliers RPé —en tout cas, ceux que j’ai fréquentés—, c’est l’investissement personnel qui nous est demandé.
Souvent, on part de notre vécu, on se met à nu, on dévoile nos faiblesses —nos défauts parfois—, on reconnait ses erreurs... face à des gens qu’on ne connait pas ou pire encore, face à des personnes qu’on côtoie régulièrement. _ Et moi, je n’ai jamais appris à faire ça.
Que du contraire ! Être l’une des meilleures à l’école ou en sport, taire mes échecs, réaliser des exploits et le faire savoir, mettre mon diplôme dans un cadre, exposer mes plus beaux livres dans la bibliothèque... ça, c’est (était ?) plutôt moi.
Lors des formations, on met en danger notre image et on court le risque de se voir coller une sale étiquette. Ça me déstabilise, ça me refroidit, je deviens frileuse.

Le plongeon

Bien souvent, on passe outre nos complexes, notre timidité, nos appréhensions... On se lance tous !
La « mise à nu » se fait pour certains du bout des lèvres, tandis que d’autres, moins pudiques, s’exposent ouvertement...
À chaque fois, un festival de découvertes : Ludovic qui affiche une assurance sans faille ne s’en sort pas avec telle ou telle classe ; Sarah qui n’a pas encore enseigné en connait davantage que moi en pédagogie institutionnelle ; ce que je vivais comme un échec ne l’était que partiellement, je n’en ai pas tiré le bon, préférant le refoulement ; Charlotte développe en classe des pédagogies surprenantes que j’ai envie de découvrir davantage ; etc.
Jusqu’ici tout va bien. On s’est jetés à l’eau, mais mieux encore, l’eau a décollé les étiquettes et nous ne sommes plus que de simples Martine, Stéphane, Caroline, Sandra, Ludovic, Charlotte, Véro, le formateur, et moi.
Nous sommes devenus un groupe de stagiaires en train d’apprendre, se tromper, redécouvrir, partager, communiquer, réfléchir, déconstruire, reconstruire, remettre en question...
Chacun a le droit à l’erreur, à la différence, à la parole, au silence... Chacun a le droit d’exposer son point de vue, d’exprimer son désaccord, de manifester son enthousiasme ou d’émettre ses réserves...
Nous sommes dans le bain, nous avons pris la température, l’eau est plutôt tiède et l’on y est bien.

L’amerrissage

Cette année, je m’inscris à l’atelier « impro ». Le descriptif de cet atelier m’a tout de suite plu. Je suis encore « chaud’patate » et j’ai hâte d’arriver à la Marlagne munie de ma tenue « décontract’ » et de mon petit tapis sous le bras.
Les questions et les doutes n’ont pas disparu. Nouvelle formation, nouvelles craintes : comment vais-je me lâcher, me libérer, me livrer aux autres, à moi-même ? Je suis nulle en impro... Je n’ai jamais essayé l’impro... Qu’est-ce que ça va donner ?
Toujours ce paradoxe... Mais peu importe... Pour détourner une expression célèbre : « L’important, ce n’est pas la chute, mais l’amerrissage ».