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Dans notre école fondamentale, nous avons une réunion hebdomadaire entre tous les titulaires, une des trois surveillantes-éducatrices (nous les appelons des « animatrices »), la puéricultrice et le directeur. Nous appelons cette réunion le Conseil des Profs.

Il y a plus dans deux têtes que dans une seule.

Au fil des années, nous avons façonné un ordre du jour pour assurer un meilleur suivi entre tous les moments de la semaine et entre tous les intervenants. Parmi les différents points du Conseil, nous avons les points surveillance, enfants, garderie...
Depuis le début de l’année, Cathy, une nouvelle animatrice engagée comme ALE (Aide Locale pour l’Emploi) termine seule la garderie de 17 heures à 18 heures. Qui fait quoi ? Comment ? Les animatrices se croisent à 17 heures et n’ont pas le temps de se parler.
Fin octobre nous constatons que le rangement de la garderie (un temps, de 16 à 18 heures et un lieu, un grand local rempli de tables et de coins-jeux) laisse à désirer. Que faire, quand ce local est partagé et utilisé pendant le temps scolaire et après l’école, à la garderie ? Comment intégrer dans l’équipe une personne qui ne vient qu’une heure par jour ? Très vite, une commission « garderie » est mise sur pied, elle se réunira chaque semaine. Dans cette commission se retrouvent le directeur, les deux animatrices qui assurent la garderie jusqu’à 17 heures, Cathy, et moi, institutrice maternelle, qui avais envie d’animer un groupe en utilisant les outils acquis lors d’un stage de Pédagogie institutionnelle. Cathy et les deux animatrices sont d’accord de participer bénévolement.

Des espaces réglés

Nous nous voyons toutes les semaines depuis deux bons mois. Dans un premier temps, nous avons clarifié l’aménagement de l’espace, les différents coins (coins symboliques, de construction, de jeux de société et de dessin) et leur rangement. Cela nous a obligés à préciser par écrit les règles de ces coins (qui peut y jouer ? à combien et pour faire quoi ?). Celles-ci sont affichées et assurent la cohérence entre ces moments différents où les adultes différents utilisent cette garderie (le matin, deux enseignants surveillent la garderie, et le soir, ce sont les animatrices) avec des enfants qui, eux aussi, changent tout le temps ! À côté de ces règles affichées, nous avons rajouté des photos qui permettent que chaque chose retrouve sa place et que le local reste en ordre et donc accueillant. Cette organisation peut avoir un côté un peu rigide : « Faut-il que les objets soient tous rangés exactement à l’endroit, comme sur la photo, ou pouvons-nous tolérer une autre disposition sans devenir des hypermaniaques ? » Voilà le genre de questions que nous avons abordé.

Un gouter avec Cathy

Dans un second temps, Cathy a proposé d’offrir un gouter aux enfants présents entre 17 et 18 heures. La question du financement a été débattue. Il nous a semblé difficile d’offrir des fruits ou des tartines aux enfants qui avaient payé et de les refuser aux autres, affamés ! Très vite, nous avons interpellé le Conseil des profs pour que ce soit l’école qui prenne ces frais à sa charge. Ce qui fut accepté sans discussion. Ainsi tous les enfants seraient sur le même pied d’égalité. Un compte a été ouvert dans un magasin de « fruits et légumes » et Cathy ramène quelques fruits frais par jour.
De nouvelles règles ou manières de faire sont nées. À une heure bien précise (cloche à l’appui) après avoir rangé tous les jeux et livres, les enfants s’installent avec Cathy autour de la table. Elle répartit les petites tâches à faire entre les enfants (couper les fruits, les peler, ranger les couverts...) ; ceux-ci sont responsabilisés, heureux d’assumer ces services, un peu comme les métiers pratiqués dans les classes. Effectivement, ils utilisent les mêmes procédures d’entraides et Cathy essaye de s’inspirer de ce qu’elle perçoit du fonctionnement de l’école... et prend tout doucement de l’assurance. Elle a organisé une dégustation de fruits « à l’aveugle ». Les enfants, les yeux bandés, devaient reconnaitre au gout le fruit proposé. L’ambiance était impressionnante de calme et de plaisir. Même les adultes de passage se prenaient au jeu.

Rendre accueillant

Heureusement, les réunions hebdomadaires ne se sont pas éteintes une fois le gouter installé.
Actuellement, nous nous concentrons sur le coin lecture. Celui-ci a reçu le même traitement que les autres lieux : remise en état, définition des règles, photos et explications écrites. Mais à l’utilisation, nous nous rendrons compte qu’un problème persiste : il y a tellement de livres dans le présentoir que la photo n’est pas très utile, les livres y sont trop petits, même en regardant la photo de tout près.Nous décidons d’utiliser le même système que dans les bibliothèques des classes maternelles : derrière chaque livre se trouve, glissé dans une chemise en plastique, la photocopie de la couverture. Ainsi, quand un enfant prend un livre, il sait tout de suite où le ranger quand il le ramène. Même les enfants de 3 ans sont capables de replacer le livre au bon endroit, en comparant la couverture (en couleur) et la photocopie. Pour rendre le présentoir plus accueillant, nous devons faire un tri, une sélection, pour ne laisser qu’une partie des livres. Rien n’empêche de changer régulièrement le stock de livres exposés...
Nous sommes en (plein) travail...

Fierté d’actrices

Vive la continuité... Cathy se sent petit à petit actrice de son projet et fière de pouvoir participer à notre Conseil des Profs où elle entend au même titre que nous les interpellations en direct à propos d’enfants ou de situations difficiles dans la cour. Elle peut faire des demandes à l’équipe et parler de ses heures de garderie mises à l’ordre du jour chaque semaine...
Le directeur me laisse animer seule cette commission-garderie depuis un mois. Je lui fais part régulièrement de mes difficultés : la conception du travail entre trois personnes qui font la même chose, qui doivent partager le même territoire, n’est pas spontanément partagée. Cathy ne parle pas la même langue que nous, les animatrices et moi, qui nous connaissons depuis cinq ou six ans, car elle ne maitrise pas encore la complexité de tous nos codes. J’espère que son manque d’expérience et de formation sera compensé par nos réunions hebdomadaires et par son initiative du gouter. Je suis heureuse qu’elle vienne à toutes nos réunions et la mise en place de son projet fonctionne...
J’ai beaucoup d’admiration pour nos trois animatrices qui offrent bénévolement un peu de leur temps pour construire un projet ensemble, qui se penchent sur des détails de leur pratique et transforment leur travail en espace de qualité. Ces réunions hebdomadaires avec moi, présidente de séance, extérieure à leur travail, les a aidées à se parler, à déposer les problèmes, à prendre en considération l’avis de chacune, à pouvoir construire ensemble un nouveau code commun.
Je pense que les outils de la Pédagogie institutionnelle (régularité, animateur, gardien du temps, établissement de l’ordre du jour en début de réunion, tour de parole, rappel des décisions, suivi...) sont de formidables outils d’organisation et de communication qui, par leur structure, responsabilisent les acteurs, les soutiennent et valorisent ainsi chacun dans une démarche personnelle, mais aussi collective.