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Les RPé, j’en entendais parler parmi mes débuts dans l’enseignement, mais je ne m’y voyais pas... Rien qu’avec des enseignants, pendant plusieurs jours et loger... ?! Ah non ! Des craintes de tous les genres vis-à-vis d’un milieu qui n’était pas encore mien.

J’étais ailleurs, surtout dans les activités du mouvement ouvrier. Pour moi, c’était là que j’apprenais (enfin, sans peur, après le dégout de l’école normale) ce que j’avais à faire à l’école (j’apprenais... parfois avec horreur, par exemple, de quel système de reproduction des inégalités j’étais l’exécutrice !). Impossible de m’imaginer, à l’époque, que dans un truc d’enseignants, il serait question de compter comme « petit », de pédagogies émancipatrices et d’éducation populaire... Jusqu’au jour où...
Lors d’un weekend de formation en histoire sociale et ouvrière, avec des travailleurs de Liège, Charleroi, Bruxelles, Rodange, à Natoye, je rencontre un gars qui était là avec un autre groupe. Je l’avais déjà vu lors de diverses manifestations de soutien à une enseignante qui faisait une grève de la faim parce qu’on ne la nommait pas pour des motifs sociopolitiques (entre autres, trop à gauche !). J’avais su qu’il était aussi directeur d’un collège chic, mais son look (de « paysan » avaient dit des gens du Cepic) faisait déjà tomber mes images de directeur impressionnant. Il m’appelle par mon prénom, à mon grand étonnement, me demande ce que je fais là... Puis, me parle des RPé où je devrais « venir raconter tout ça » !

Au château de Wégimont

C’était là, les RPé d’alors, dans les années 80. Chouette endroit, avec donjons, voutes dans la salle à manger, piscine après les ateliers ! Un beau domaine provincial, abandonné par la suite parce que trop cher. Responsable de ces RPé, ce gars de Natoye, Jacques Liesenborghs. Et dans l’équipe de volontaires, des collègues à lui, Jean-Marie Delvaux, Paul Kabeeke, Alain Gerlache !
Ce responsable m’avait demandé de venir raconter dans un atelier, dont je ne sais plus le titre, où je travaillais et comment. Il me semble que c’était un peu neuf pour les RPé de s’occuper de l’enseignement professionnel. Ce qui semblait avoir intéressé Jacques c’était entre autres les liens que je faisais entre l’école et le quartier.

Avec des panneaux

Aucune connaissance de formation d’adultes, moi. Seulement une grande trouille de parler en public. Pas question d’auto-socio-construction dont j’ignorais le premier mot. Pas du tout convaincue du bienfondé de mes démarches. Je venais très timidement avec ce que je vivais dans les classes... sans plus. J’avais préparé des panneaux avec des photos que nous avions prises avec les camarades des « Rencontres du Vieux Molenbeek », photos qui devaient servir à dénoncer l’état de délabrement de certains quartiers, auprès des autorités communales, y compris les terribles tranchées et expropriations liées à la construction du métro [1]. J’expliquais le quartier de l’école en montrant sur un plan, je parlais des associations avec lesquelles je travaillais par choix et aussi par besoin d’alliés parce que dans l’école, je n’en n’avais pas encore. Je racontais ce que je faisais en français avec les élèves de 2e à 4e professionnelles. Surtout des lectures et des écrits et des actions en lien avec la vie du quartier. Le mot « lutte » était très présent. Et voilà... pas de la haute pédagogie ! On a débattu après. C’étaient sans doute des pas pour les nécessaires liens écoles/associations.

Et un forum

Le programme des RPé comprenait un forum. C’était le moment où tous les participants se réunissaient pour discuter de grandes questions... Je ne sais plus trop lesquelles, mais ça mobilisait en tout cas ! Etait-ce aussi le nom « forum » qui était donné au temps CGé ? Je ne sais plus mais peu importe... Un morceau d’après-midi était consacré à faire connaitre la CGé et à y intéresser les gens. Diverses personnes de l’équipe des responsables se plaçaient dans divers lieux du château et chacun allait écouter aux endroits où il le souhaitait. Écouter... Voir peut-être les coups de main qu’il pourrait donner.
Jacques présentait Échec à l’Échec, dans un coin du bar-salon. Je me suis dit que peut-être un peu écrire, faire écrire... ne m’engagerait pas trop, ne me demanderait pas de prestation publique.
L’année suivante, nous présentions à quatre (un sociologue, un autre enseignant –celui qui a inventé les « classes-ateliers »–, un psychologue, et moi) un atelier à propos de l’enseignement professionnel !
Et voilà que je me décidais à travailler aussi avec ceux dont il m’avait fallu dix ans pour les considérer comme mes nouveaux pairs et à ne plus arrêter d’apprendre, avec eux ET avec tous les autres... !

notes:

[1J’avais des élèves albanaises dont la maison était la dernière debout rue du Facteur et chez qui les bulldozers se sont trouvés un matin... La famille avait deux heures pour s’en aller avec ses affaires !