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C’est maladif, on aimerait bien tout maitriser, tout prévoir, et on ajoute « à l’avance » pour conjurer le sort, et on se dit que c’est ça, être un pro, avoir tellement bien pré-paré qu’il n’y a plus rien à parer. Sécuriser, anticiper, cadrer, savoir et dominer. Mais voilà, il y a aussi surgir, déraper, dépasser, détourner, démener, défaillir et émouvoir, et flop, glisse, crac, driiing, on se retrouve sur le cul, à pester, râler, damner, condamner et maudire, comme si la terre entière, nos collègues, les directions, les ministres, les élèves et leurs parents ne faisaient que comploter pour semer des obstacles sur la splendide autoroute des apprentissages que nous avions patiemment modelée, peaufinée, lissée et bordée. Indignation !

Et pourtant. C’est vital, on aimerait bien être surpris, on se surprend à souhaiter la faille, on ne peut s’empêcher de jouir des joyeux capharnaüms qui bouleversent nos routines et quand, tout à coup, le quotidien à l’air un peu moins quotidien, ça nous réveille, ça nous ravive, ça fleure bon l’aventure, le gout de vivre, le plaisir, la joie. Mais aussi la gueule dans le mur, le nez dans la terre, la plaie ouverte et la noyade, et on se retrouve sur le cul à pester, râler, damner, condamner, et se maudire. C’est que l’imprévu est fantasque et peut prendre différentes formes…
Alors quoi ? Ne rien préparer ou tout prévoir ? Ou alors appeler à la rescousse l’indécrottable « juste milieu » ?

Rien de tout cela. Juste se préparer à lire cet imprévisible dossier et décaler son regard. L’imprévu n’est pas l’ennemi de l’organisation, il n’est pas l’opposé de la prévision, il en est la substance, le contenu. C’est parce qu’on a « tout » prévu que l’imprévu surgit, c’est en faisant place à l’imprévu dans la prévision qu’on se donne une chance d’apprendre à l’accueillir, l’intégrer, l’utiliser, s’en passer, compenser, innover, s’adapter, protester, résister, revendiquer, refuser…

« Et, c’est pas vrai, là, juste devant moi, je distingue sur son t-shirt un sexe en érection ! » [1]

notes:

[1Extrait de l’article À corps gagnés, en page 2 de ce numéro