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Nécessairement à gauche.

L’engagement à gauche est pour moi inséparable de la nécessité d’être militant, non pas au sens où il faudrait adhérer à l’un ou l’autre groupe, association, parti, etc. Mais au sens où être engagé à gauche implique de penser en termes de luttes et de luttes collectives, de solidarité et d’action. Être, dans les lieux et les situations où on vit, quelqu’un qui revendique son positionnement politique, révèle le caractère politique des conflits et tente de rassembler ceux qui conçoivent leurs projets à gauche pour infléchir les décisions en ce sens. Par exemple, être militant syndical sur son lieu de travail.

Récit d’une action

Habitant de Schaerbeek, lors de l’affaire Demol, l’ex-commissaire de police aux méthodes musclées et racistes. Comme beaucoup d’habitants, pas tous spécialement à gauche d’ailleurs, je m’inquiète de l’adhésion de Demol au Vlaams Blok, de son passé d’extrême droite et pense que ce type ne peut plus être commissaire de police. Le positionnement contre l’extrême droite n’est pas propre à la gauche, mais c’est plutôt la forme de lutte mise en place et le contenu des revendications qui a été intéressant ici.

Un groupe de gens inorganisés, se rencontrant dans la commune (le parc, l’école, l’une ou l’autre fête) et ayant sympathisé, se disent ensemble qu’il faut faire quelque chose. Réunions, tracts et un comité se crée, fédéré autour de l’idée, simple au départ : Demol dehors. Le but est de le faire savoir et de rallier du monde (collectif), suffisamment de monde pour que le bourgmestre le vire. Le moyen d’action : rassemblement tous les vendredis 17h devant la Maison communale. Les rassemblements prennent de l’ampleur, le Vlaams Blok contre manifeste, le pouvoir politique est interpelé et finira par virer Demol.

Prolongation collective

Très vite est apparue la nécessité de situer l’engagement politiquement, au-delà de la personne de Demol et de l’extrême droite et s’est posée une question intéressante : c’est quoi une police de gauche ? Débats dans le comité, invités spécialistes, re-débat, conflits avec le PTB, être de gauche dans la société, c’est aussi se battre pour ne pas être phagocyté par le PTB, laisser la place aux gens moins militants, faire avancer la réflexion sans exclure ceux qui sont moins radicaux et un aboutissement : la police de gauche protège le citoyen, l’aide, l’écoute, le connait, sans distinction d’origine culturelle et sociale. Elle est en relation avec la population et le bourgmestre, démocratiquement élu en est le garant.

Cette lutte particulière fait apparaitre d’autres luttes, liées à l’urbanisme, aux investissements communaux, à l’enseignement, ..., et un certain nombre d’entre nous se sont engagés dans ces luttes, auprès d’autres comités, d’associations.
Lors des manifs rassemblements, un souci : être nombreux et rencontrer tout le monde : accueil, musique, pas de slogans tout le temps, aussi parler avec les gens.
Lors des face-à-face avec le Vlaams Blok, assumer l’affrontement, éviter l’affrontement physique et les provocations, mais aussi résister avec force en cas d’agression.

Des amitiés à gauche se sont renforcées et nous menons ensemble nos engagements, en débattons et prenons des initiatives politiques chaque fois que nous le jugeons nécessaire, là où nous sommes, ensemble.
Des liens se sont donc créés, au-delà de nos univers sociaux et culturels, avec un même fil conducteur : penser le projet de société à gauche et faire évoluer la société en ce sens et donc avec des prolongements dans nos positionnements sur nos lieux de travail, avec nos amis, nos enfants, etc.

Bref, pour moi, être à gauche c’est un engagement à mettre sa personne à contribution dans des luttes collectives ou plus individuelles, privées, pour faire avancer la société dans le sens de plus d’égalité, dans le sens de faire reculer les rapports de force des dominants.