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Les ateliers c’est de 9 heures à 10 h 30, de 10 h 45 à 12 h 30, de 14 h 30 à 16 heures et de 16 h 30 à 18 heures. Sauf le premier et le dernier jour, question d’accueil, d’organisation, de rangements et d’au revoir. Et sauf en Pédagogie Institutionnelle (mais ça, c’est une autre histoire).

Lorsqu’on s’inscrit aux RPé pour un atelier de six jours, on est donc en droit de s’attendre à six fois six heures et 15 minutes de formation ; moins les heures d’accueil et de rangement, cela fait donc exactement (sauf en PI, mais ça, c’est une autre histoire) : 35 heures et 15 minutes. La semaine des 35 heures quoi !
Les RPé, c’est bien plus que ça.

Dès le lever

Les citadins (dont je suis) se réveillent en pleine nature, presque en même temps que les oiseaux, certains très tôt pour y pousser un petit jogging sur la rosée. Les campagnards, eux, s’éveillent dans un building se réjouissant de prendre l’ascenseur. Dans tous les cas : dépaysement total.

Au petit-déjeuner, il s’agit de bien viser : trouver une table déjà dressée avec juste une ou deux places libres. S’y installer. Faire la conversation, prendre des nouvelles de la nuit, de l’état des sommiers et du fonctionnement des douches, des techniques de sommeil, débriefer la soirée de la veille, se préparer à la journée qui s’annonce, bref, tisser de nouveaux liens.

10 h 30 à 10 h 45 : le café qui fait du bien, celui qu’on a oublié de prendre au petit-déj, ou que l’on aurait déjà bien voulu prendre à 9 heures. L’occasion (rapide) de reconnaitre un camarade ou un collègue, un ancien prof ou une moins ancienne étudiante, papoter... « T’es dans quel atelier ? » « Ah, tu fais encore PI ? » « Tu bosses toujours avec machin ? » « T’es formateur, cette année ? » « Tu viens d’où déjà ? »... Repérer quelques liens.

12 h 30 à 14 h 30 (sauf en PI) : repas léger (je reconnais que c’est subjectif), et ô combien convivial et collectif. Comme à l’internat ou au camp, chacun –enfin presque, vous savez ce que c’est hein ;-)– participe au dressage de la table et la débarrasse. Ici, tout le monde se mélange, même les enfants. Et même ceux que l’on tente de séparer pour raison d’incompatibilité de mœurs alimentaires.

Les temps de midi, temps fort des RPé

Certaines tables restent vivantes jusqu’au bout : on y termine une partie de rigolade là-bas, on y poursuit un débat politico-socio-philosophico-pédagogique ailleurs. Tisser des liens encore.

Pour beaucoup, c’est le temps de la sieste. Dans l’herbe bien souvent, à deux ou par trois ou plus, avec ses propres enfants pour certains. Maintenir des liens.

C’est aussi le temps d’ouverture de la librairie-centre de documentation et du forum des associations : on y échange, on feuillette, on découvre, on repère des fils théoriques liés à l’atelier suivi,on achète... Nouveaux liens.
16 heures à 16 h 30 : petite gâterie maison, café ou thé. On serre les liens.
18 heures à 18 h 30 : les moins organisés prennent leur douche, retrouvent leurs enfants, grillent une clope, vont faire un peu de rangement, papotent avec le formateur (sauf en PI, mais ça...), se perdent dans les couloirs de la Marlagne, passent un coup de fil à la maison.

Les autres se retrouvent à l’apéro. Dans tous les cas on tisse des liens.
18 h 30. Trouver la table où une petite bouteille de côtes du Rhône (ça renforce les liens) accompagnera les frugalités vespérales. Le souper est souvent un moment de stratégies : qui va faire quoi ce soir ? Aller à la conférence ? Jouer aux boules ? Faire le tour du lac ? Lire ? Prolonger la conversation ? Prendre une douche ? Faire un loup-garou ? Aller faire un tour à Namur ?

20 heures à 22, 23, 24 (plus si affinités)

Il y a des soirs comme ça où ça ne me dit rien d’aller à la conférence, alors je refais mes gammes docimologiques avec mon CP (liens filiaux).

Il y en a d’autres où il fait trop humide que pour jouer aux boules, alors je vais voir le spectacle hilarant de Pepe ou celui plus poétique de l’atelier « contes » liens culturels.

Il y a des débuts de soirées consacrés au mouvement : réunions d’équipes, stratégies publicitaires pour TRACeS (liens militants).

Ensuite, depuis la foule qui sort de la conférence ou de la fin de concert jusqu’à l’interminable moment de l’increvable noyau dur, c’est les ambiances variées autour du bar. Ces souvenirs qui d’année en année donnent envie de revenir. Ces soirées de vraiment franche camaraderie ou les camarades rient de tout et de rien. Ces souvenirs de chansons militantes, de ces ambiances tantôt folkeuses, tantôt grivoises avec la guitare, l’accordéon... Certains au chant et aux coupérous... et qui sait, l’an prochain, d’autres à l’harmonica et aux claquettes.

Et puis il y a ces souvenirs plus tard et plus près du bar encore avec ces habitudes annuelles comme d’essayer de se faire payer un pot par l’un ou par l’autre.

Enfin, il y a la dernière soirée, celle où l’on danse sur des airs afros ou latino ou afro-latino-cubains (sauf pour la PI, mais...)une nuit qui se termine quelques fois blanche (surtout pour la PI).

Vous avez compté ? Les RPé, si on y ajoute les temps d’accueil, de repas, de pauses, c’est minimum 18 heures de plus pour ceux qui ne logent pas ; 28 heures de plus pour ceux qui logent et qui couchent tôt. 30 à 48 heures de plus pour les autres.

18 à 48 heures de rencontres, de convivialité, d’échanges, de débat, de lectures, de rigolades, de partages, d’écoute, de dialogues, de militance, de camaraderie, de découvertes, de bonnes habitudes, de complicités, de retrouvailles. Cet ensemble de moments-là, c’est un grand bol d’air, une vraie respiration, entre vacances et reprise des cours, pour (re)prendre son élan, pour ne pas se retrouver seul face aux tâches, aux difficultés, mais chaque fois un peu plus riche de ces liens tissés, un peu plus partie prenante et donnante de ce formidable réseau de savoirs, de démocratie, de solidarité qu’est ce mouvement sociopédagogique.

C’est là ou à partir de là qu’on apprend le changement, qu’on apprend à l’apprivoiser, à vouloir en être, à prendre conscience qu’on est tous capables d’en être, parce qu’à partir de là on fait partie d’un réseau ; parce que rien ne prend fin en fin de stage, parce qu’on peut suivre les traces dans TRACeS, laisser ses propres traces dans le même journal, s’inscrire dans une équipe du mouvement, envisager l’année suivante...