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Dans une brochure de présentation de la D+, vous évoquez un dispositif composé de cinq axes. Qu’est-ce qui a justifié la mise en place de tous ces axes ? Est-ce spécifique à une école en D+ ? L’école « à elle seule » ne pouvait-elle pas combler certains besoins sans faire appel à des intervenants extérieurs ? [1]

Les axes menés par le Partenariat D+ de Schaerbeek et de Saint-Josse ont été en partie mis en place au cours de l’histoire de la ZEP [2] qui a préexisté à la création des D+. Les problèmes, les besoins étaient déjà importants.

Il y a 10 ans, par exemple, il n’y avait rien du tout au niveau psychomotricité. Quand les écoles se sont réunies pour créer le premier projet ZEP c’était vraiment une demande unanime, d’abord parce que les écoles n’avaient pas droit à cet encadrement et parce que, dans le quartier, il n’y avait rien du tout.

La « D+ » n’est pas une école, c’est un dispositif regroupant un ensemble de partenaires scolaires et extérieurs à l’école qui ne s’inscrit pas dans une démarche purement « pédagogique ». Son rôle est de développer des axes complémentaires, de soutien, de renfort à celui de l’école qui est lui d’abord pédagogique. Ce sont les écoles qui choisissent les axes sur lesquels elles veulent travailler, en adéquation avec leur projet d’école.

L’axe lecture, par exemple, a comme but d’amener au plaisir et au sens de la lecture. Il permet aussi de se familiariser plus avant avec la langue de l’enseignement. Si l’enfant ne sait pas pourquoi il va lire, s’il n’en a pas le désir, l’apprentissage se fait difficilement. L’histoire ou le moment du conte, que l’école pense parfois idéalement se faire le soir à la maison, est un des moyens en plus de structurer l’apprentissage.

La lutte contre l’échec scolaire n’est pas elle non plus l’apanage de l’école. Le travail socioculturel, d’éducation permanente constitue une piste complémentaire au travail de l’école.

L’intérêt premier de l’axe médiation fut la liaison des parents avec le milieu scolaire et le renforcement de l’image positive de l’école auprès du milieu parental. Beaucoup d’écoles disposent d’un local pour la médiation : les enseignants y viennent demander quelque chose, un avis. C’est un travail qui impose beaucoup de concertation avec les enseignants.

L’axe primo-arrivants reste, faute de moyens et malgré l’urgence du problème, minime dans sa prise en charge (une vingtaine d’enfants). Il ne se situe pas dans une démarche de classe passerelle et répond uniquement à une demande d’écoles qui n’ont ni les moyens ni la possibilité d’organiser cela en interne.

L’axe alphabétisation des parents est momentanément, nous l’espérons, en veilleuse. Il s’est développé pour que les parents d’élèves (au fondamental, surtout les mamans) puissent communiquer avec l’école. Il s’agit d’alphabétisation orale et ces activités peuvent servir de palier vers d’autres cours d’alphabétisation des associations spécialisées. Pour nous, il était important que cette activité français se fasse dans les écoles (plus pratique, l’importance du regard de l’enfant et celui de l’enseignant face à un parent en situation d’apprentissage, importance pour la mère de reconnaitre son analphabétisme tout comme sa volonté d’en sortir dans sa relation éducative et à l’école).

Votre question de départ revient à se demander ce qui est le plus profitable à un enfant, en termes de priorité. C’est une bonne question ! Nous n’avons pas la réponse et nous pensons que l’école n’est pas l’unique agent d’insertion. Une bonne insertion sociale et scolaire ne peut réussir que si elle est multiple.

C’est très clair, et c’est normal, que la première chose que font les écoles et les enseignants, lors de l’octroi d’un budget D+, c’est de demander que les moyens soient accordés prioritairement à du pédagogique. En général ce qu’ils veulent d’abord c’est augmenter l’encadrement et donc multiplier le nombre de profs.

Si les écoles de Schaerbeek et de Saint-Josse ne l’avaient pas voulu, on n’aurait jamais continué le partenariat. Dans le passage vers la D+, les directions d’école ont décidé de façon volontaire, volontariste de continuer à travailler ensemble. Le décret ne les y obligeait absolument pas : dans le texte, le travail en partenariat se situe dans le « possible », dans le « etc. et trois petits points ».

Le piège serait de penser que la D+ va résoudre à elle seule le décrochage scolaire. Notre dispositif ne répond qu’un tout petit peu aux problématiques.

Quel temps moyen un élève passe-t-il, en première primaire par exemple, avec son enseignant titulaire par rapport à l’horaire hebdomadaire ?

C’est une question importante qui ne nous concerne pas et à laquelle nous ne pouvons répondre. Nous savons le temps que nous passons dans les écoles mais nous ne pouvons pas évaluer l’importance du travail de tous les acteurs associatifs. De plus, cela dépend d’une école à l’autre.

Les activités menées en classe par les animateurs D+ ne peuvent créer une rupture dans le rythme et la vie de la classe. Les temps sont minimes, les activités se font en général avec l’entièreté de la classe, en présence et en concertation méthodologique avec l’enseignant.

Les enseignants doivent pouvoir maitriser la globalité du projet de classe (certains se plaignent de ne pouvoir le faire). Il ne faut pas oublier que le rôle premier de l’école - transmettre des connaissances et favoriser des apprentissages - demande beaucoup de temps ; et plus le public est fragile, plus il en faut.

Comment s’organise le lien entre les différents partenaires que vous citez dans la brochure ? Pouvez-vous donner des exemples éclairants ?

Le dispositif regroupe 11 écoles interréseaux (libre et CF) et interniveaux (primaire et secondaire), un représentant des centres PMS du Libre et un de la CF, et une dizaine d’associations. La coordinatrice du Partenariat D+ est associée aux réunions du CA. Les directeurs y représentent leurs écoles. C’est vrai que la genèse des projets et le retour, les évaluations, ne se font pas suffisamment avec les enseignants. Quand on se situe en transversalité, on ne parvient pas à impliquer suffisamment bien les enseignants. Bien que, normalement, les projets ne puissent rentrer au Ministère que s’ils ont reçu l’aval des Conseils de participation et des structures internes de concertation de l’école : il devrait donc y avoir débat.
Une des faiblesses du projet, c’est l’évaluation approfondie de notre travail. Nous disposons d’évaluations internes, mais aucun des partenaires de dispose réellement d’outils performants ni d’aide externe. Les objectifs du dispositif [3] sont également trop vastes que pour servir de critère d’évaluation. C’est le problème de l’évaluation du travail social en général.

Pour y répondre, nous avons engagé depuis maintenant 3 ans, et c’est le travail de la coordination, une réflexion et une renégociation des objectifs précis et concrets de chaque projet interne au dispositif. La coordination travaille également à établir clairement, pour chaque école, un minimum de concertation entre le corps enseignant, les travailleurs « ZEP » et les autres intervenants, en fonction des projets mis en oeuvre.

Nous avons aussi essayé de globaliser le travail extérieur à l’école dans l’idée de rassembler les forces afin de mieux les partager et d’éviter les doubles emplois. Nous avons demandé aux écoles de nous informer des actions menées en dehors du dispositif. Ce n’est pas toujours facile d’avoir une vue de l’ensemble des interventions extérieures au sein d’une même école.

Avec les partenaires, il faut tenir compte des spécificités, de l’engagement, du temps investi, du sens que chacun donne au Partenariat. Il faut être informé pour pouvoir le redéfinir, en concertation, dans son action de complémentarité avec l’école.

Le Partenariat est révélateur de problèmes déjà existants. Mais ce qui reste dynamique et intéressant et c’est rare de l’avoir à pied d’égalité, ce sont des lieux où des partenaires extérieurs et intérieurs à l’école peuvent se rencontrer et discuter.

notes:

[1Propos recueillis auprès de Marie Christine Renson et de Naïma Bouih, respectivement présidente et coordinatrice du Partenariat D+ de Schaerbeek et de Saint-Josse

[2Les Zones d’éducation prioritaire (dispositifs et moyens accordés au monde scolaire dans le cadre de leur budget) ont mis en œuvre des projets innovateurs, non décrétés et qui ont bénéficié d’une grande liberté d’action. Les budgets qui devaient rentrer au Ministère via les écoles étaient accordés au partenariat. En plus des moyens financiers, ces dispositifs ont bénéficié de postes ACS, accordés par la Région bruxelloise via la Communauté française. Avec la D+, les budgets sont alloués aux écoles directement. Aujourd’hui les écoles reçoivent de l’argent puis doivent le justifier par des projets. Dans le cadre du Partenariat D+ de Schaerbeek et de Saint-Josse, elles rétrocèdent une partie des budgets à la coordination.

[3Les objectifs du Partenariat sont les suivants : Amélioration du niveau de réussite et d’insertion des jeunes ; Amélioration générale de la qualité d’accueil qu’offrent les établissements ; Amélioration de la qualité d’intégration des familles dans le processus éducatif.