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Une expérience de promotion de disciplines artistiques au sein de l’école et de la préparation d’un spectacle rassemblant enfants et artistes.

Sur le fond, il s’agissait tout d’abord d’œuvrer à un projet où les cultures minoritaires sont mises en avant, dans la reconnaissance de leurs histoires et de leurs cultures populaires souvent méprisées. Ensuite, notre intervention rejoignait la conception philosophique et politique que nous nous faisons de notre engagement à La Maison du Conte, celui d’un artiste citoyen qui met son art au service de la cité et qui allie une très haute exigence de professionnalisme de sa démarche à une très grande humilité face au contenu culturel du projet dans lequel il s’insère.

Sur la forme, nous avions tous à apprendre d’un projet complexe et ambitieux où pour la première fois, des moyens étaient mis en œuvre dans un quartier dit défavorisé au service d’enfants dits difficiles. Notre travail allait consister à créer la confiance, la rigueur, la discipline de l’engagement de chacun et le plaisir d’inventer, de jouer, de créer.

Si le travail proposé supposait un apprentissage ardu pour les enfants, il était également une véritable formation permanente pour les artistes et donc pour les conteurs. Ceux-ci ont pu explorer autrement les relations entre jeu et narration. La gestion du silence. L’apprentissage de l’écoute et de la parole en recherche perpétuelle. L’apprentissage aussi de la confrontation entre différents langages scéniques. Sentir par exemple comment une bande-son transforme notre perception de l’ensemble de l’histoire et comment elle fait bouger notre manière de la raconter. Comment le chant en direct influe sur le récit. Comment un éclairage nous pousse dans des manières toutes particulières de faire résonner l’histoire...

Le texte

Le travail d’écriture trouve sa source dans plusieurs contes d’origines tziganes. Mais il s’agit ici d’un travail d’écriture originale, mêlant plusieurs trajectoires de textes pour en faire jaillir un chemin initiatique exemplaire, reprenant les différentes étapes d’un conte sur base du schéma traditionnel.

Le projet était d’écrire une histoire porteuse de sens, celle d’un enfant insatiable qui sans cesse pose des questions sur tout, sur rien, sur ce qui l’entoure et sur le vaste monde qu’il a arpenté en tous sens avec sa tribu des gens du voyage. Et lorsque ce petit curieux d’entre les curieux apprend qu’il y a six mondes au-dessus du nôtre, il décide d’y aller voir de plus près et entreprend un long voyage initiatique qui l’entrainera vers la connaissance : de la nature, du respect de la parole donnée, de la cupidité, de l’amour, de l’oubli et de la mémoire.

Le spectacle

Plusieurs techniques artistiques ont été appelées au service de cette histoire.
L’art du conteur : deux conteuses professionnelles, Christine Andrien et Magali Mineur ont encadré les enfants pendant les ateliers hebdomadaires pour les initier à l’art de la parole : allier la narration d’une histoire au jeu des personnages de cette histoire.

Le travail du son : Vincent Matyn, un plasticien du son, a appris aux enfants à sonoriser certaines situations et, en direct, à proposer un monde sonore en écho à l’histoire.

Le travail de cinéma d’animation et de théâtre d’ombres sur une partie de l’histoire : le son et les images ont été réalisés par les enfants sous la conduite de Miléna Bochet et de Réjane Hallet.

La musique : Michel Rorive a réalisé une bande musicale, plus cinématographique que théâtrale, qui accompagne l’ensemble du spectacle pour en renforcer les effets, pour souligner les atmosphères, pour suggérer et renforcer le monde onirique de cette histoire.

Les lumières : élément fondamental nécessaire pour plonger le spectateur dans un monde onirique, l’éclairage a été un des protagonistes importants de cette réalisation car, comme le son, il marque le passage d’un monde à un autre par des atmosphères tout à fait particulières.

Sur scène

Sept enfants conteurs, accompagnés des deux conteuses professionnelles, racontent et jouent l’histoire. Six autres enfants, sous la houlette d’un véritable chef d’orchestre, travaillent le son en direct (bruitages et instruments). Pendant que le film, réalisé par toute une classe, est projeté sur grand écran, six de ces enfants menés par une professionnelle du théâtre d’ombres, nous content en direct, et sur grand écran, une partie de l’histoire au moyen de la technique des ombres portées. Enfin, une chanteuse nous propose des chants tziganes qui accompagnent la quête du petit garçon et un musicien, au luth, improvise en direct des ambiances musicales liées aux différents mondes.

L’objectif, fidèle à la pensée et au souhait de Lord Menuhin, était de confronter l’enfant à l’artiste pour susciter créativité, apprentissage, partage et plaisir de l’art. Et, grâce à la pédagogie active qui est à la base de ce projet, de faire des grands principes de non-violence, de solidarité, d’apprentissage de la démocratie, de respect et de tolérance, une réalité vécue par l’ensemble des enfants, des artistes et des enseignants.

Les perspectives

Le résultat de cette présence d’artistes dans une école et l’accompagnement sur une année avec le produit final en public dans un lieu de culture (auquel probablement la majorité de ces enfants n’auront plus accès) a été marquant dans leur vie. Nous avons, à la Maison du Conte proposé à La Fondation Menuhin et à Mus-e Belgique la mise en place d’une classe pilote [1]. Durant une année scolaire, dans cette classe, toutes les après-midis seraient consacrées à différentes disciplines : parole et théâtre, musique et chant, son et image, mouvement et danse. Tous les intervenants (5 artistes) et les enfants et l’enseignant (formé au préalable à une discipline de son choix) travailleraient sur le même projet, avec, en fin d’année, la production et la diffusion d’un spectacle.

Le sens d’un tel engagement

La présence de l’art à l’école peut être vécue comme totalement insatisfaisante de la part de l’école comme de la part des artistes eux-mêmes. Les enseignants, parfois, ont le sentiment de faire « meuble », de ne pas être assez préparés à l’intervention et à l’accompagnement de l’artiste à l’école. D’où la nécessité absolue de formations continuées artistiques pour les enseignants.

Quant aux artistes, souvent ils sont invités à être dans une utilité immédiate, considérés plus comme des animateurs que comme de véritables porteurs d’un savoir spécifique à transmettre. Souvent aussi, ils sont pris comme otages d’un travail culturel qui ne peut réellement exister que s’il comporte une dimension sociale. Il y a là une instrumentalisation de la culture à des fins de productivité immédiate, reflet de la société néo-libérale violente dans laquelle les acteurs culturels sont ignorés et essayent tant bien que mal de survivre.

Malgré des difficultés certaines tant des artistes que des enseignants dans ce genre de projets exigeants et globaux, il faut éviter les jugements hâtifs et les faux procès susceptibles de provoquer chez les décideurs, une remise en cause de la présence de l’art à l’école. Les seuls véritables perdants dans ce cas de figure seraient, comme souvent, les enfants. C’est-à-dire les citoyens de demain !

notes:

[1Si La Maison du Conte de Bruxelles s’est associée au projet Mus-e en scène, c’est que le fondement de la démarche rejoignait pour beaucoup les préoccupations et les réalisations de notre association.