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À partir d’un petit tas d’imprévus, peut-on théoriser l’Imprévu pour mieux y répondre ou mieux en user ? C’est ce que nous avons tenté dans ce tableau-synthèse  [1].

Pour Christophe Dejours, travailler, c’est justement faire face à l’imprévu, donc s’écarter des prescriptions, donc, souvent aussi, commettre des infractions aux injonctions patronales [2] ! La capacité à faire face à l’imprévu est la première vraie compétence professionnelle.


Induire pour théoriser

Pour le travail d’écriture de ce weekend, nous avions mis en commun des récits d’imprévus qui nous étaient arrivés dans notre vie professionnelle récente. Nous disposions d’un pot commun d’une trentaine d’imprévus pour produire une typologie générale (!) des imprévus.

Nous avons voulu théoriser : partir des multiples vécus particuliers pour aller vers du général, des concrets vécus très contextualisés pour aller vers un abstrait décontextualisé et généralisateur. C’est bien cela théoriser : produire des théories qu’on espère utiles pour la pratique, en partant de pratiques particulières non maitrisées, construites dans l’instant, pour aller vers du général, un général permettant de mieux maitriser des pratiques nouvelles.

Nous avons cherché le commun et le différent à nos trente imprévus. Les plus faciles à ranger dans la même catégorie étaient les imprévus matériels que tout le monde connait dans les écoles. Pour les autres, nous avons dû forcer un peu les choses pour regrouper ce qui restait dans deux catégories, les imprévus « pédagogiques », ayant une relation directe avec l’apprentissage visé et les imprévus « comportementaux et/ou culturels ». Cela nous faisait ainsi trois catégories relativement étanches en fonction des caractéristiques propres de l’imprévu.

On a hésité à d’abord classer en fonction des causes de l’imprévu ou en fonction des réactions à l’imprévu. Puis, on s’est aperçu qu’on pouvait, en forçant un peu, décider que les causes et les réactions pouvaient chaque fois être les mêmes quels que soient les autres critères. Dans les causes, par exemple, on avait aussi : défaillance, impréparation, incompétence, mais on a estimé que cela pouvait être repris dans « récurrent et/ou organisationnel ». On a donc trois types d’imprévus qui peuvent chacun avoir trois fois les mêmes causes et chaque fois, indépendamment de la cause, provoquer souvent les mêmes réactions possibles.

Déduire pour pratiquer

Il ne reste plus alors (!) qu’à s’entrainer à identifier l’imprévu qui nous arrive et à décider dans l’instant, de la réaction la plus appropriée en s’aidant du tableau. Avec, à la lecture de ce tableau, quelques réflexions évidentes : l’imprévu matériel récurrent (le matériel qui n’est jamais rangé à sa place, la clé qui manque, les horaires, les absences...), est-il efficace de régulièrement compenser ou s’adapter, ne faut-il pas parfois refuser, résister, revendiquer ?

Les « récurrents pédagogiques », ne peut-on les anticiper, pour les éviter ou pour les utiliser ? Les « récurrents comportementaux », peut-on faire autre chose qu’y mettre de la parole et tenter d’institutionnaliser la réponse (légiférer par le Conseil...) ? De manière générale, les « imprévus pédagogiques » ne sont-ils pas nécessairement des conflits sociocognitifs et, dès lors, peut-on faire autre chose que les accueillir comme leviers d’apprentissage ?

Ce tableau veut ouvrir d’autres possibles, présenter des réactions alternatives à l’imprévu pour se préparer à mieux réagir en fonction des objectifs qu’on veut poursuivre.

notes:

[1La forme définitive du tableau a été réalisée par Pierre WAAUB

[2Christophe DEJOURS, L’évaluation du travail à l’épreuve du réel. Critique des fondements de l’évaluation, INRA Éditions, 2003.

Pièces jointes