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Faire un choix tout le temps ou bien tout accepter et être embarrassée très souvent. Être toujours bien là où on est, ne pas « casser l’ambiance » ou refuser les compromis et résister... c’est fatigant !

Un dimanche, à table, avec ma famille. Au menu : la délinquance, répression ou prévention, et ça démarre. Le ton monte, j’écoute, je prends la parole en argumentant en faveur de la deuxième piste. Jacques le menuisier ricane un peu, un regard exaspéré sur le côté, un haussement d’épaule, il enchaine un ton plus haut. Je vois son épouse frémir et se tasser dans son fauteuil.

Le débat, inégal, se nourrit des renchérissements des autres pour plus de sévérité.

Mon cœur bat, sans doute de plus en plus rouge, je m’entends jouer le rôle de l’avocate des bonnes causes dans cette polémique un peu caricaturale. Je me sens dos au mur, toute seule. Ma belle sœur m’aide à sa façon : « Allez Jacques, ne la fais pas pleurer, hein ! ». Mon père ne dit rien. Pierre, le plus modéré des trois fils, n’agrémente sa distance froide d’aucune intervention apaisante, idem pour sa femme vers qui j’avais pourtant lancé quelques appels du regard. Avocats tous les deux, je pensais qu’ils interviendraient un peu dans mon sens.

Jean, cynique, m’interpelle dans un sursaut : « T’es écolo ou quoi ?! » « Et toi, t’es quoi ? » Il ne me répond pas. Dans le fond, sa question était la seule marque de reconnaissance que ma position avait suscitée.

Cette fois, je n’ai pas pleuré, j’ai tenu bon et j’ai dit ce que j’avais à dire. J’étais quand même choquée de m’être retrouvée ciblée comme cela, époustouflée du silence des autres femmes de l’assemblée.

Si proche des miens et si loin. À la fois capable de penser seule et imprévue dans le rôle de la petite dernière à qui on ne passait peut-être plus tout.

C’était il y a quelques années. Cette scène en illustre bien d’autres où la difficulté à gérer mon adaptabilité et mon identité ontologique me plongeait dans l’exaspération de moi-même.

Rebondir de la famille à la société, dire ce que j’ai à dire, ne pas pleurer, tenir bon et aimer cela.

La vie est un long fleuve tranquille...